On ne peut oublier qu'une autre confédération presque semblable avait été fondée par Jacques d'Artevelde. Le traité de 1339 porte les noms de Jean de la Gruuthuse, de Gérard de Rasseghem, d'Arnould de Gavre, d'Arnould de Baronaige, de Jean d'Herzeele. Le traité de 1488 fut signé par Louis de la Gruuthuse, par Adrien de Rasseghem, par Jean de Gavre, par Jean de Baronaige, par Daniel d'Herzeele. Nommons aussi Jean de la Vacquerie, Jean de Claerhout, Pierre d'Herbaix, Gauthier Vander Gracht, Jean de Stavele, Nicolas d'Halewyn, André de la Woestyne, Louis de Praet, Arnould d'Escornay, les abbés d'Afflighem, de Saint-Bernard, de Grimberghe, de Saint-Bavon, de Saint-Pierre, d'Eenhaem, de Hautmont, de Bonne-Espérance, de Tronchiennes, de Baudeloo.

Presque au même moment un traité était conclu avec Maximilien. Les communes y promettent de rendre immédiatement la liberté au roi des Romains. Celui-ci s'engage de son côté à congédier, dans le délai de quatre jours, toutes les garnisons étrangères, sans qu'elles emmènent de prisonniers, et «s'il advient, ajoute Maximilien, qu'elles fassent au contraire, l'on recouvrera l'intérest de ce et le dommage sur la pension que ceux de Flandre nous ont consenty ou nous consentiront.» Afin de faciliter le départ de ces garnisons, les trois membre de Flandre payeront dans le délai d'un mois, «la somme de vingt-cinq mille livres de quarante gros, monnoye de Flandre, la livre, à condition que si iceux gens de guerre et garnisons ne sont partis dehors de tous les pays dedans ledict temps, que en ce cas lesdicts vingt-cinq mille livres seront employez au payement d'autres gens de guerre pour par la force les expulser et déchasser.» Maximilien déclare «quitter, abolir et pardonner à tousjours la prise et détention de sa personne, ensemble tout ce qui est advenu devant ou aprez, par qui, quand, comment, ne en quelque manière que ce soit.» Et les trois états comprennent dans une semblable amnistie tous ceux qu'ils ont accusés d'actes illégaux ou de participation aux hostilités dirigées contre la Flandre.

Maximilien renonce à être mainbourg de Flandre et consent «à ce que celui pays et comté de Flandre, durant la minorité de son fils, soit régi et gouverné sous son nom par l'advis et consentement des trois états du pays, ensuyvant le contenu de l'union faicte par tout le pays.» Il renonce également à porter les armes et le titre de comte de Flandre, et, en considération de cet abandon, reçoit une pension de mille livres de gros. Il adhère au traité d'Arras, promet de ramener son fils en Flandre et de protéger les marchands flamands en quelque pays qu'ils se trouvent.

Quelques difficultés s'étaient élevées lorsqu'on avait appris que le duc de Bavière et le marquis de Bade, que Maximilien avait désignés comme otages, hésitaient à garantir sa fidélité à remplir ses engagements, parce qu'elle leur semblait trop douteuse, et qu'ils cherchaient à se faire remplacer par le comte de Hanau et le sire de Falckenstein. Mais Philippe de Clèves, qui avait, par la popularité dont il jouissait, contribué plus que personne à faire rendre la liberté au roi des Romains, s'était hâté de lui écrire «que, par le grand désir qu'il avoit à sa délivrance, si plus il povoit employer que corps et biens, il le feroit de très-bon cœur.» Et c'était ainsi que son nom figurait au premier rang parmi ceux des otages dans le traité du 16 mai 1488. «Pour plus grande sûreté, y disait le roi des Romains, nous avons prié et requis ledict messire Philippe que en cas que nous fussions aucunement en faute de non accomplir iceux poincts, il ne nous veuille aider, et en ce cas, iceluy messire Philippe avons deschargé et deschargeons de tous sermens de fidélité et autres qu'il nous peut avoir faict, et assistera ceux de Flandres à l'encontre de nous de tout son pouvoir et de toute sa puissance, et de ce fera ledict messire Philippe serment.»

Les états de Flandre demandaient de plus que Maximilien fît ratifier ce traité par le pape, l'Empereur et les électeurs de l'Empire, et que les évêques de Liége et d'Utrecht et les ducs de Clèves et de Juliers s'engageassent à refuser passage à ses troupes s'il cherchait à le violer.

Le même jour, une procession solennelle parcourut les rues de Bruges: on y portait la châsse de saint Donat et la relique du bois de la vraie croix de l'église Notre-Dame. Les corps de métiers l'accompagnaient à la clarté des torches, et elle se dirigeait lentement vers l'hôtel de Jean Gros, où le roi des Romains était prisonnier depuis onze semaines: elle venait l'y chercher pour le conduire à la place du Marché.

Maximilien se montrait plein de joie: il levait les mains vers le ciel pour la manifester plus vivement. Cependant, c'était au Craenenburg qu'il devait monter pour adhérer à la paix et pardonner à ceux qui l'avaient retenu prisonnier: c'était au milieu du marché, au lieu même où la hache du bourreau avait frappé ses serviteurs et ses amis, qu'on avait construit pour lui un trône surmonté d'un dais magnifique. Devant le trône s'élevait un autel, et le roi des Romains, «agenouillé en grande révérence et crainte comme il sembloit,» y prêta le serment suivant:

«Nous promettons de nostre franche volonté et jurons en bonne foi sur le saint-sacrement cy-présent, sur la sainte vraie croix, sur les Evangiles de Nostre Seigneur, sur le précieux corps de saint Donat, patron de paix, et sur le canon de la messe, de tenir, entretenir et accomplir par effect la paix et l'alliance conclues entre nous et nos bien-amés les estats et trois membres de Flandre et leurs adhérents, ensemble la concordance, union et alliance de tous les estats et pays, conclue par nostre consentement, et promettons en parole de prince et comme roy, sur nostre foy et honneur, que jamais ne viendrons au contraire en quelque manière que ce soit, deschargeant lesdits de Flandre du serment qu'ils nous ont faict comme mainbourg de nostre chier et amé fils.»

Pour rendre cet engagement plus solennel, l'évêque de Tournay bénit tous ceux qui l'observeraient et maudit quiconque oserait l'enfreindre.

Dès ce moment, Maximilien était libre. Après un pompeux banquet dans la maison de Jean Canneel, il se rendit à l'église de Saint-Donat pour y assister au chant des actions de grâces. Philippe de Clèves, qui venait d'entrer à Bruges, l'accompagnait et y prêta serment comme otage «de aider et de faire assistance à ceux de Flandre contre les infracteurs de ladite paix, union et alliance.»