Ce disant, il lui prit affectueusement la main, puis, apercevant à côté d’elle son plus jeune fils, le Roi embrassa l’enfant avec la plus grande bonté.
Malgré son mérite militaire, reconnu par les divers ministres qui se succédèrent au département de la guerre, malgré son dévouement à la branche aînée, le maréchal de camp du Casse vit arriver 1830 sans avoir été promu au grade de lieutenant général, et cependant ce grade avait été accordé à la plupart des officiers moins anciens que lui, n’ayant pas autant de services de guerre, à beaucoup près, et n’étant pas aussi dévoués aux princes légitimes.
Il faut dire à la vérité que le baron du Casse était peu courtisan; il ne se montrait jamais au pavillon Marsan. Une seule fois sa femme le détermina à s’y rendre. C’était au commencement de 1830; des intérêts de famille importants réclamaient la présence du général dans le Béarn, son pays natal. Il vint trouver M. le Dauphin et lui demanda l’inspection générale de Bayonne. Envoyer dans cette ville tel ou tel maréchal de camp était insignifiant. Au lieu d’accéder à ce désir, le Dauphin répondit:
«Impossible, impossible, mon cher du Casse; je connais mes devoirs, voyez-vous; j’ai beaucoup à faire pour les généraux de mon armée du Trocadéro.»
Stupéfait de ce refus, le baron du Casse dit avec colère au prince:
«Votre Altesse Royale prétend connaître ses devoirs; moi je prétends connaître mes droits.
«Où étaient donc les généraux de l’armée du Trocadéro, lorsqu’en 1815, seul, à Toulon, j’exposai mes jours par fidélité à la famille royale? Il y a quinze ans que je suis maréchal de camp; j’ai conquis tous mes grades, y compris celui de général, sur les champs de bataille, sous l’autre[11]. Je n’en dois aucun à la Restauration; je ne lui devrai rien désormais, car je ne lui demanderai jamais rien à l’avenir».
Puis, saluant le prince, le général sort, dans un état d’exaspération qui lui fait pousser, à lui le gentilhomme poli et bien élevé s’il en fut, l’oubli des convenances au point de frapper les portes avec une violence telle que les huissiers en demeurent ébahis.
Il venait de quitter le salon du Dauphin lorsqu’il rencontre Mme la duchesse d’Angoulême.
La princesse, remarquant le visage altéré du général, s’informe avec bonté du motif de l’exaltation où elle le trouve. Au récit de la scène qui vient d’avoir lieu, elle l’engage à voir le Roi.