Charles X reçoit le général avec sa bienveillance habituelle et son sourire accoutumés, mais veut le renvoyer à M. le Dauphin. En vain le baron du Casse explique ce qui vient de se passer; il ne peut obtenir du souverain que cette réponse:

«Moi je ne puis rien, je ne me mêle pas des affaires de l’armée. Adressez-vous à mon fils.

—Sire, dit alors le baron du Casse, l’illustre aïeul de Votre Majesté, le roi Henri IV, de glorieuse mémoire, se plaçait au milieu de ses amis et de là il tendait une main secourable à ses ennemis. Votre Majesté agit différemment. Elle se place au milieu de ses ennemis et de là elle ne tend même pas une main secourable à ses amis. Je désire vivement que Votre Majesté n’ait jamais à regretter cette manière d’agir.»

Là-dessus le général quasi honteux de sa première et unique démarche, quitte les Tuileries. Il n’y rentra jamais.

Au mois de juillet suivant parurent les ordonnances.

La garnison d’Amiens se composait d’un bataillon du 36e de ligne, de deux escadrons du 2e chasseurs à cheval, d’un bel escadron de carabiniers, commandé par un vigoureux et loyal officier, le comte d’Auberville.

L’émeute grondait sourdement, mais, en présence de l’attitude énergique du commandant de la subdivision, n’osait éclater. Au bout de peu de jours, des diligences arrivent de Paris, surmontées du drapeau tricolore. Les voyageurs en descendent arborant la cocarde tricolore. Le général fait enlever ces emblèmes et défendre de les porter.

La préfecture, effrayée, demande des troupes pour se garder, des troupes pour garder chaque poste de la ville. Son habitude de la guerre fait comprendre au baron du Casse qu’avec aussi peu de monde, disséminer ainsi ses hommes serait risquer ou de les faire enlever par les émeutiers, ou de les voir fraterniser. Il refuse net, réunit son bataillon d’infanterie et ses trois escadrons, avec deux pièces d’artillerie de campagne qu’il avait sur la place Périgord au centre de la ville.

Il envoie un officier prévenir le colonel Durocheret, commandant le 24e de ligne au camp de Saint-Omer, qu’il va se retirer à la citadelle d’Amiens, et que si le général commandant le camp veut, avec ses troupes, marcher sur Paris, il pourra passer par la capitale de la Picardie, dont il trouvera les portes ouvertes; et que lui, baron du Casse, se joindra au commandant du camp avec les forces dont il dispose pour marcher contre la révolution parisienne.

Puis, se mettant en devoir d’exécuter son projet, le général vient se placer à la tête de ses soldats, déclarant qu’il va sortir de la ville et prendre position à la citadelle. Les Amiénois, prêts à se soulever, comprenant l’importance de retenir prisonnier dans leurs murs le commandant de la subdivision et ses troupes peu nombreuses, veulent s’opposer à leur départ; en un instant la petite garnison se trouve entourée d’une foule armée considérable et hostile, occupant les issues de la place Périgord.