Le général, en face de la population ouvrière menaçante et prête à prendre l’offensive, ordonne deux sommations, fait charger ses deux uniques pièces de canon, puis baïonnettes au bout des fusils, tambours battant, drapeau blanc déployé, se met en marche par le faubourg Saint-Leu, faubourg populeux, le Belleville d’Amiens; le passage s’ouvre, l’immense foule n’ose le disputer.

Une fois à la citadelle, le général fait demander des vivres pour ses hommes et pour ses chevaux; on refuse de lui en fournir.

On veut le prendre par la famine.

Le baron du Casse envoie un sous-officier dire à la municipalité que:

«Si, une heure après son message, il n’a pas double ration de vivres pour ses chevaux et pour ses hommes, il brûle le faubourg Saint-Leu, et, après le faubourg, la ville tout entière, ajoutant que: «Amiens brûlé, il s’en ira ailleurs avec ses troupes.»

Comme on le savait homme à exécuter sa menace, à l’heure dite, on s’empressa de lui fournir tout ce qu’il voulut, et la ville tenue en respect par la citadelle, resta calme.

Le général se maintint plusieurs jours en position, attendant l’arrivée du camp de Saint-Omer pour marcher sur Paris; le camp ne donna pas signe de vie en temps opportun.

Les événements se succédaient avec rapidité, Charles X était en marche vers Cherbourg. La révolution triomphante s’apprêtait à faire succéder, à la lieutenance générale légitime, la monarchie usurpatrice.

Le contre-coup de ces malheurs se faisait sentir en Picardie. Quelques sous-officiers du régiment de chasseurs à cheval voulaient arborer la cocarde tricolore.

Le général l’apprend, réunit ses troupes, déclare «qu’il vient d’écrire à Paris pour demander sa mise à la retraite; qu’aussitôt relevé de son commandement il le remettra entre les mains du plus ancien officier supérieur, mais que, tant qu’il l’exercera, ce sera au nom du roi Charles X, et qu’il ne fera pas flotter dans sa subdivision un autre drapeau que le drapeau blanc.»