Toutefois il autorise les quelques hommes qui le demanderont à quitter individuellement la cocarde blanche, mais en s’éloignant de leur corps. Deux ou trois sous-officiers seulement quittèrent leurs camarades.
L’intention du général du Casse de remettre son commandement aux mains d’un officier supérieur de la garnison fut vite connue dans la ville. L’administration préfectorale légitime avait disparu. La cité était à la merci d’une garde nationale, mal intentionnée et inintelligente comme toutes les gardes nationales. Les habitants paisibles, effrayés à l’idée de la retraite du baron du Casse, vinrent en députation le supplier de revenir dans la ville avec la garnison. Il y consentit à la condition expresse de rentrer à son quartier général avec les couleurs blanches. Ainsi fut fait. Le drapeau blanc flottait encore sur les monuments d’Amiens, alors que le duc d’Orléans avait déjà escaladé les marches de son trône bourgeois.
Enfin le Moniteur officiel du 20 parut, avec la réponse à la demande de retraite du baron du Casse sous forme d’ordonnance de Louis-Philippe, qui mettait à la réforme le commandant de la subdivision de la Somme, ainsi que plusieurs autres officiers connus pour leur dévouement à la branche aînée.
Le chevalier Christiani, maréchal de camp, fut envoyé à Amiens par le nouveau gouvernement.
Néanmoins Louis-Philippe, suivant en cela la conduite maladroite commune à tous les souverains, était disposé à faire beaucoup pour rallier un ennemi aussi déclaré que le baron du Casse. Les princes s’imaginent modifier les convictions; ils abaissent les caractères, et voilà tout. Quoi qu’il en soit, le général fut prévenu que, s’il voulait demander à reprendre du service, il ne tarderait pas à être promu au grade de lieutenant général.
En même temps, une députation d’Amiénois, de toutes les conditions, vint le prier de permettre à la ville d’adresser au nouveau roi une pétition pour que son commandement lui fût conservé. Il refusa.
«J’ai depuis quinze ans, dit-il, après avoir juré fidélité en 1814 à la branche aînée, tenu religieusement mon serment; je n’irai pas, sur la fin de ma carrière, chanter la palinodie. Ce que fait la ville d’Amiens me touche profondément; mais je ne saurais accepter son offre; j’ai droit à ma retraite; je la prends.»
Le général du Casse demeura peu de temps à Amiens. N’ayant pour toute fortune que sa retraite de cinq mille francs, il n’avait pas de quoi vivre d’une manière convenable dans une ville où il avait occupé la première place.
Il se rendit d’abord auprès de son beau-frère M. de Villeneuve-Busson, puis se retira près de Bayonne, son pays natal, dans un petit village nommé Saint-Pierre d’Irube. Là, malgré la modeste existence que son faible revenu le forçait à mener, sa situation personnelle, considérable dans le parti légitimiste, le mêla à tous les événements importants dont la frontière d’Espagne fut le théâtre, pendant la guerre qui éclata dans le nord de la péninsule ibérique, après la mort de Ferdinand VII.
Le baron du Casse mourut en 1836, laissant deux fils. L’un Hermann, alors lieutenant-colonel du 5e de Navarre dans l’armée carliste, est mort en 1870, après avoir occupé divers postes dans la diplomatie française; l’autre, Albert, officier d’état-major à l’époque dont nous parlons, aujourd’hui conseiller à la Cour des comptes, a épousé, en 1841, la fille du lieutenant-général Jean-Baptiste Girard, créé duc de Ligny après Waterloo, dont il n’a eu qu’un fils: