Ne voulant pas retarder plus longtemps son départ, du Casse se décida à abandonner ce navire à sa destinée et fit voile pour la France. Il y arriva sans avoir été attaqué.

Son premier soin fut de se rendre auprès de son ministre, afin de lui faire de vive voix un compte exact et fidèle des expéditions de Surinam, de Berbice et de Saint-Christophe.

Le ministre lui ayant dit qu’il craignait que la France eût de la peine à conserver cette colonie presque exclusivement peuplée d’Anglais et de protestants, du Casse émit l’opinion que le meilleur système pour s’assimiler cette population serait d’y envoyer beaucoup de Français et de catholiques.

Cette politique était bonne; c’est celle que nous voyons employer aujourd’hui contre nous en Alsace-Lorraine, où, désespérant de vaincre les haines des catholiques et des indigènes, le gouvernement allemand multiplie les colonies prussiennes et protestantes.

Partout où règne le catholicisme, l’influence de la France surgit avec lui, tandis qu’au contraire la religion protestante amène toujours avec elle le triomphe de la race anglo-saxonne.

Sous le règne de Louis XIV, les officiers de la marine du roi ne demeuraient guère inactifs. Du Casse ne resta que fort peu de temps à Paris. A la fin de décembre 1690, il reçut la mission de porter des dépêches importantes aux gouverneurs des îles d’Amérique, et d’escorter un grand nombre de vaisseaux marchands, équipés à Nantes et à Bordeaux, pour exporter de la France, dans le nouveau monde, les produits du commerce, ainsi que ceux de l’industrie nationale.

Du Casse se hâta de se rendre à Rochefort, pour surveiller l’armement des navires de guerre dont il allait prendre le commandement.

Chaque jour il recevait des lettres du comte de Pontchartrain, ministre de la marine depuis la mort de Seignelay, l’invitant à hâter ses préparatifs de départ.

Le 20 janvier 1691, du Casse accuse réception à Pontchartrain de dépêches destinées au marquis d’Esragny, gouverneur général des Antilles françaises. Dans toutes ses lettres au ministre, il se loue de l’activité de l’intendant Michel Begon, un des plus habiles administrateurs de cette époque, alors au port de Rochefort, tige de la famille des Begon, marquis de la Rouzière. Malheureusement, mille entraves étaient apportées à l’exécution de la mission de du Casse par la lenteur des négociants dont il devait escorter les navires en Amérique; aussi fut-il autorisé à rompre tous les engagements et marchés qui, en retardant son départ, lui sembleraient de nature à compromettre les intérêts de l’Etat. A l’arrêt qui lui accordait cette facilité, était jointe une lettre signée de la main du roi, contre-signée par le ministre, enjoignant à tout huissier d’obtempérer à la première réquisition de du Casse.

Ce dernier se trouvait ainsi investi d’une grande autorité. Qui aurait pu résister à un officier nanti des quelques lignes suivantes?