A sa lettre, du Casse joignait un mémoire, où il dit que la perte du Cap entraînera inévitablement celle de l’île de Saint-Domingue, ainsi que celle de la Tortue, et par suite de toutes les colonies françaises aux Antilles, si l’on n’y apporte remède. Il indique au ministre les moyens de reprendre le Cap.


Le 25 mars 1691, du Casse reçut de nouvelles instructions pour le marquis d’Esragny, gouverneur général des Antilles. Ces instructions, qu’il dut lire avant de les remettre, lui prouvèrent que la cour avait bien saisi le sens de son mémoire. Ordre était donné au marquis d’Esragny de voler au secours de Saint-Domingue. Le ministre engageait en même temps du Casse, à appareiller le plus tôt possible. Celui-ci mit à la voile au bout de très-peu de jours. Son voyage ne fut marqué par aucun incident. Il arriva sans encombre au Fort-Royal (Martinique), le 8 mai 1691. Apprenant que la Guadeloupe était cernée par l’escadre anglaise de l’amiral Codrington, et que l’île de Marie-Galande avait déjà succombé, du Casse n’hésita pas, malgré l’infériorité de ses forces, à se porter au secours de la Guadeloupe. Il cingla vers cette île, et le 22 mai parut en vue des Anglais. Il manœuvra si habilement, profitant du vent, attaquant séparément chaque vaisseau ennemi, qu’en moins d’une semaine il força l’amiral de Codrington à battre en retraite.

Peu de jours après, du Casse parvint à joindre deux bâtiments ennemis restés en croisière à la Barbade, le Nez coupé et l’Eméché, et les força à se retirer, comme le reste de l’escadre anglaise. Ainsi se trouva délivrée l’île de la Guadeloupe. Cette affaire fit le plus grand honneur au commandant français. Dix ans plus tard, lorsqu’il reçut le brevet de chef d’escadre, il lut ces mots écrits sur ce brevet: En 1691, il secourut si à propos et avec tant de bravoure l’île de la Guadeloupe, assiégée et pressée, que les ennemis furent obligés de lever le siége et de se retirer.

Du Casse était, en 1691, simple capitaine de frégate.

Ayant réussi devant la Guadeloupe, il revint à la Martinique, pour conférer avec le marquis d’Esragny sur la situation de la colonie, sur les moyens de s’opposer aux attaques incessantes des Anglais et des Espagnols.

Tandis que la flottille de du Casse était mouillée au Fort-Royal, une double épidémie se déclara à la Martinique et commença ses ravages sur les vaisseaux français. L’Emérillon fut le premier atteint. Les équipages du Cheval marin et du Solide ne tardèrent pas à être également en proie au pourpre et à une fièvre pestilentielle, maladies qui désolaient l’île tout entière. Du Casse se décida alors à quitter ces parages avec ses navires, le 27 juillet 1691.

Il alla mouiller à l’île Sainte-Croix.

En cinq jours, l’escadre avait perdu quarante hommes. Le 7 août 1691, elle partit de Sainte-Croix, en y laissant le germe de la maladie. Enfin, le 12 août 1691, du Casse aborda au Port-de-Paix.

Il sut alors qu’une flotte anglaise menaçait Léogane et le Cul-de-Sac, parties les plus fertiles et les plus riches de l’île; il s’y rendit immédiatement avec son escadre pour protéger les colons français.