Du Casse trouva à Léogane des lettres de service le nommant gouverneur de Saint-Domingue. Ce choix fut généralement approuvé, s’il faut en croire les contemporains. L’opinion publique le désignait comme devant être le successeur naturel de M. de Cussy: «Le choix, dit Charlevoix, l’historien de Saint-Domingue, n’était pas difficile à faire. Le seul M. du Casse avait une connaissance parfaite de l’île. Nul autre ne rassemblait en lui un plus grand nombre des qualités nécessaires pour y être à la tête des Français, dans les circonstances où ils se trouvaient alors.»

A l’époque où nous voyons du Casse mis à la tête du gouvernement de la colonie française de Saint-Domingue, cette île était divisée en deux parties bien distinctes: celle de l’est appartenant à l’Espagne, et celle de l’ouest à la France.


LIVRE III.


De 1691 à 1694. SAINT-DOMINGUE

Projets des Anglais et des Espagnols contre la colonie française de Saint-Domingue.—Tremblement de terre à la Jamaïque.—Tentatives faites par du Casse pour améliorer le sort des prisonniers.—Pourparlers avec les Espagnols.—Mémoires à Pontchartrain (1692).—Projets pour ruiner le commerce anglais.—Armement d’une escadre anglaise dans les eaux de la Tamise.—L’Armadille à San-Domingo.—Le chevalier du Rollon.—Lettre de Pontchartrain à du Casse.—Campagne à la Jamaïque.—Descente dans la baie de Coubée.—Expédition de Beauregard dans les Antilles anglaises.—Prise du Fort-Royal et d’Ouatirou.—Générosité de du Casse.—Le roi lui accorde une récompense exceptionnelle.—Les colonies françaises menacées par un armement considérable qui se prépare au commencement de 1695 dans la baie de Portsmouth.—Attaque des Anglo-Espagnols contre Saint-Domingue.—L’île de Sainte-Croix.—Le comte de Boissy-Ramé.—Procès de deux lieutenants du roi, de Graff et Lefebvre de la Boulaye.—Leur révocation.—Le chevalier Renau.—Cuba.—Situation générale.—Du Casse et des Augiers.—Instructions de Louis XIV.—Des Augiers rencontre l’Armadille.—Lettres de Pontchartrain.—Le baron de Pointis.—Réflexions.—La cour de France et les armateurs.—Arrivée de Pointis à Saint-Domingue le 1er mars 1697.—Ses qualités, ses défauts.—Son entrevue avec du Casse.—Leur mésintelligence.—Désintéressement et noble conduite de du Casse.—Bel exemple de patriotisme qu’il donne.—Insolence ridicule de Pointis.—Difficultés.—Les flibustiers.—Leur révolte.—L’expédition de Carthagène met à la voile.—Composition de la flotte et du corps expéditionnaire.

A peine en possession du gouvernement de Saint-Domingue, du Casse fut informé que les Espagnols s’apprêtaient à venir l’attaquer par terre, tandis que les Anglais l’attaqueraient par mer. Il fit avec célérité des préparatifs de défense et agit avec tant de sagesse, d’habileté et de secret que les Espagnols n’apprirent ses dispositions que trop tard; dès qu’ils eurent connaissance que tout était prêt pour les bien recevoir, ils se décidèrent à abandonner leur tentative. Ils se retirèrent précipitamment, après s’être avancés dans la direction du Cap-Français.

Au même moment, un tremblement de terre, survenu à la Jamaïque, obligea également les Anglais à renoncer à leurs projets d’attaque contre Saint-Domingue.

Délivré de toute inquiétude, du Casse s’occupa de faire rendre justice à la mémoire de son prédécesseur Cussy, dont la conduite avait été critiquée sans ménagement, et d’une façon inique.