LIVRE PREMIER


De 1646 à 1686. SÉNÉGAL.

Naissance et premières années de du Casse.—Création de la Compagnie des Indes occidentales par arrêt du roi (1672).—Du Casse reçoit en 1677 la direction supérieure de toutes les forces de terre et de mer de la Compagnie, ainsi que le gouvernement de la côte occidentale d’Afrique.—Prise de Gorée et des comptoirs hollandais par l’amiral d’Estrées.—Les trois comptoirs de Rufisk, Joal et Portudal.—Traité avec les rois nègres de Cayor, de Sin et de Baol.—Du Casse obtient pour la France le monopole du commerce dans l’Afrique occidentale.—Expéditions de juillet et d’août 1678.—Capitulation du fort d’Arguin.—Démêlés avec les Hollandais.—Leur conduite déloyale.—Soulèvement de trois rois africains. Leur soumission.—Traité avantageux pour le commerce français.—Les idées de du Casse reprises en 1864 par le colonel Faidherbe.—Réclamations des ambassadeurs de Hollande auprès du ministre des affaires étrangères.—La traite en Amérique.—Du Casse à Saint-Domingue.—Sa nomination de directeur de la compagnie du Sénégal.

La majesté royale a eu sa plus haute expression dans la personne de Louis XIV.

Ce prince avait reçu de la Providence le jugement et la sagacité qui font les monarques d’un ordre supérieur. Il savait distinguer les hommes, assigner à chacun, selon ses aptitudes et ses œuvres, la place qui lui convenait. Il cherchait le vrai mérite, l’appréciait et l’utilisait au profit de la France.

Son âme était trop élevée pour qu’aucun sentiment de crainte ou de jalousie pût l’empêcher de s’entourer d’hommes éminents. Il laissait volontiers à ceux qu’il employait avec discernement, la gloire qui leur revenait, sachant bien d’ailleurs que la sienne n’en pouvait être diminuée.

Aussi avait-il toujours soin de confier les affaires de l’Etat à d’intègres administrateurs, à d’intelligents diplomates, le commandement des armées à d’habiles généraux.

Son règne vit surgir un grand nombre d’hommes remarquables. Sous un autre roi, ces hommes fussent peut-être restés ignorés de leurs contemporains et inutiles à leur patrie.

Nous allons étudier la vie de l’un des personnages de ce règne glorieux, Jean du Casse[1], qui, capitaine au long cours, s’éleva au rang de lieutenant général des armées navales et, d’après Saint-Simon: aurait été maréchal de France si son âge l’eût laissé vivre et servir.