La nature avait doué du Casse des vertus et des qualités qui préparent les hommes d’élite, auxquels il ne manque, pour briller, qu’une scène en rapport avec leur mérite et leurs aptitudes.

Marin intrépide, il fut aussi un administrateur habile, un diplomate d’une haute intelligence et un éloquent orateur.

Il naquit dans le Béarn, où sa famille était établie depuis longues années. Un de ses parents Guillaume du Casse, occupait vers la fin du XVIe siècle une charge au parlement de Bordeaux.

La plupart des historiens ont été induits en erreur sur le lieu et la date de la naissance de l’amiral du Casse. Le duc de Saint-Simon lui donne pour patrie Bayonne, probablement parce que le neveu de l’illustre marin habitait cette ville et s’y était marié en 1704. Les historiographes les plus autorisés de la marine rajeunissent l’amiral de plusieurs années; or son acte de baptême porte:

«Le second d’aoust mil six cent quarante six, en l’église paroissiale de Saubusse, a esté baptisé Jean du Casse fils, légitime de Bertrand du Casse et de Marguerite de Lavigne, estant parrin Jean de Sauques et marraine Bertrande de Letroncques, habitants les tous dudit Saubusse; présents Bertrand Destanguet et Estienne de Laborde, habitants du dit Saubusse.» Signé: Darjou, prestre.

Saubusse est un joli village de neuf cents habitants, à neuf kilomètres de Dax, sur la rive droite de l’Adour, bâti en amphithéâtre dans un site pittoresque; de la terrasse du château qui domine la vallée, on embrasse la vue du cours de la rivière et d’une partie de la chaîne des Pyrénées.

Dès son enfance, du Casse montra une intelligence précoce, un grand amour du travail. On le trouvait constamment un livre à la main. Ce n’était pas la lecture des romans de d’Urfé ou de mademoiselle de Scudéri qui remplissaient ses loisirs, mais l’étude d’ouvrages sérieux. Il fit seul son éducation. Dès qu’il connut les auteurs français, il eut le plus vif désir de lire dans leur texte original les chefs-d’œuvre de l’antiquité. A force de travail et d’application, il parvint à s’assimiler la langue latine.

Si du Casse fut né dans le centre de la France et non sur le bord de la mer, au milieu d’une population de marins, si le hasard l’eût appelé à vivre au sein d’une société de gens adonnés à la culture des belles-lettres, peut-être le futur lieutenant général des armées navales, au lieu de commander des escadres, eût-il occupé un fauteuil à l’Académie française.

Un peu rêveur, dans son enfance, il se laissait volontiers aller aux charmes de la vie contemplative. Il passait des heures entières assis sur la plage, regardant onduler les vagues. Cette tendance à une sorte de mélancolie étonnait ses compatriotes, rudes marins plus habitués à braver les périls de la navigation qu’à contempler les beautés poétiques de l’Océan.

La constitution physique de Jean du Casse fut lente à se développer. A dix-huit ans, sa figure était encore quasi enfantine; néanmoins aussitôt qu’il commença à prendre la mer pour de longs voyages, il révéla ce qu’il serait un jour.