Il apprit vite à surmonter les obstacles. Dans plus d’une circonstance, il donna de judicieux conseils à de vieux matelots. Homme de bon sens et d’esprit, de beaucoup d’esprit même, il laissait souvent échapper des saillies pleines de justesse et d’à-propos. Toujours intéressante à écouter, sa conversation avait de l’entrain et de la gaieté; il possédait au plus haut degré ce que l’on appelait encore à Bayonne, du temps de son neveu l’échevin Bernard du Casse, la verve pétillante et un peu braque des du Casse. Mais il avait du tact, et savait toujours observer une juste mesure dans ses paroles comme dans ses actions.

Tel il était dans son enfance, tel le connut quarante ans plus tard le duc de Saint-Simon: Avec beaucoup de feu et de vivacité, doux, poli, respectueux, affable et ne se méconnaissant jamais.

De sa personne, il était plutôt bien que mal; l’air distingué, mince, élancé, il avait une charmante tournure.

Grâce à tous ces avantages, grâce à une éducation soignée, assez rare à cette époque, il fit un rapide chemin dans la marine marchande, théâtre de ses premiers exploits.

Nous croyons inutile de raconter les débuts de du Casse dans cette carrière. Ce récit offrirait peu d’intérêt, et serait plutôt le récit des actions des autres que des siennes propres; nous dirons seulement qu’il commença par servir sur les vaisseaux de la compagnie des Indes occidentales et qu’il passa ensuite au service de la compagnie du Sénégal.

En 1626, une association de marchands de Dieppe et de Rouen avait tenté d’exploiter, sur le continent africain, des comptoirs administrés par des directeurs de son choix. En 1664, ces commerçants vendirent leurs établissements pour la somme de 150,000 livres tournois à une compagnie dite des Indes-Occidentales, créée par un édit du mois de mai de la même année.

Un arrêt du conseil du roi, du 9 avril 1672, obligea cette compagnie à céder tous ses comptoirs et priviléges à une société qui, par lettres patentes du mois de juin 1679, prit le titre de Compagnie du Sénégal et obtint le privilége exclusif du négoce, depuis le cap Blanc jusqu’à celui de Bonne-Espérance.

Afin de protéger son commerce, et d’empêcher les empiétements, la Compagnie du Sénégal avait besoin de soldats, de marins vigoureux, et surtout de chefs habiles pour commander ses navires. Elle jeta les yeux sur du Casse.

Quelques années suffirent à ce dernier pour mériter et obtenir le commandement en second d’un navire de fort tonnage. En 1676, la compagnie le nomma capitaine de son plus beau vaisseau, et l’année suivante (1677) elle lui confia, avec l’assentiment du roi, la direction supérieure de toutes ses forces de terre et de mer, ainsi que le gouvernement de la côte occidentale d’Afrique.

Cette double mission, de la plus haute importance, rendait du Casse le protecteur du commerce français en Sénégambie, et lui donnait la défense de cette colonie.