A cette époque, la gloire de Louis XIV était à son apogée. L’Europe entière, coalisée contre la France, cédait à la puissance de ses armes. La Hollande était subjuguée, le Palatinat envahi, les possessions continentales de l’Espagne conquises. L’électeur de Brandebourg, doué de cette duplicité dont on retrouve la trace dans tous les actes de la politique cauteleuse des Hohenzollern, était prêt à abandonner de nouveau des alliés dans le malheur, et à implorer une seconde fois de Louis XIV un traité de paix particulier. La Franche-Comté venait d’être réunie à la couronne; Strasbourg ne devait pas tarder à l’être.

Les flottes françaises faisaient, sur toutes les mers, respecter le pavillon du grand roi.

Le drapeau blanc flottait sur les côtes de Madagascar et aux rives du Mississipi. «Nec pluribus impar,» pouvait dire, dans un juste et légitime orgueil, Louis XIV.

L’année précédente (1676), le vice-amiral Jean d’Estrées avait conquis sur les Hollandais la colonie de Cayenne; quelques mois plus tard, il battait l’amiral Byngs et s’emparait de Tabago. Poursuivant le cours de ses brillants succès, il vint avec une escadre attaquer l’île de Gorée.

Cette île est située à trois kilomètres du cap Vert, entre l’embouchure de la Gambie et celle du Sénégal. Ses côtes sont escarpées et presque inaccessibles, sauf du côté de l’est, où se trouvait alors un petit port à demi ensablé. Des chaloupes pouvaient seules y aborder. Les Hollandais avaient deux forts dans l’île: l’un, sur une hauteur, dominait le port; l’autre le joignait et était à quatre demi-bastions.

Le 1er novembre 1677, le maréchal d’Estrées s’empara de l’île, rasa le fort le plus élevé et détruisit l’autre en partie.

Gorée défendait les abords des comptoirs hollandais. Ces établissements commerciaux étaient au nombre de trois sur les côtes de cette partie de l’Afrique: l’un se trouvait à Rufisk, sur les terres du roi de Cayor; un autre à Joal, sur celles du roi de Sin; le troisième à Portudal, dans les domaines du roi de Baol.

Ces trois petits royaumes sont situés dans la Sénégambie; Rufisk et Portudal sont sur la côte, Joal près de l’embouchure et sur la rive droite du Sénégal; le plus important est Cayor, dont le roi prend le titre de Damel.


Du Casse commandait alors (1677), comme il a été dit plus haut, sur la côte d’Afrique. Il montait le vaisseau l’Entendu de la marine royale, portant quarante-quatre canons et deux cent cinquante hommes d’équipage. Le 15 novembre, il se rendit à Gorée, dont il mit les agents de la compagnie du Sénégal en possession.