Il fut ensuite à Rufisk, à Portudal et à Joal, où se trouvaient les comptoirs hollandais; il conclut avec les rois de Cayor, de Baol et de Bourzin des traités analogues à ceux précédemment signés par ces mêmes princes avec le gouvernement batave. Moyennant une redevance annuelle et déterminée, les commis de la compagnie française du Sénégal eurent le monopole de la traite et de tout le commerce d’exportation sur le littoral africain.

Après avoir arrêté ces conventions, vers le mois de décembre 1677, du Casse s’embarqua pour la France, afin de rendre compte à la compagnie de ce qu’il avait cru devoir faire.

La compagnie du Sénégal le combla d’éloges. Notre marin quitta de nouveau la France au mois d’avril 1678, à la tête d’une escadre formée de plusieurs navires armés en guerre. Arrivé à Gorée le 8 mai 1678, il commença par passer une inspection générale des établissements qu’il avait installés quelques mois auparavant. Il les trouva tous dans une situation prospère. Les employés de la compagnie jouissaient tranquillement des avantages qu’il leur avait procurés par son traité. Ils vivaient en parfaite harmonie avec les indigènes. Voulant récompenser les rois et les grands du pays de la bonne foi avec laquelle ils avaient jusqu’alors tenu leurs engagements, du Casse leur remit des présents rapportés par lui, objets inconnus et par conséquent fort estimés dans ces régions lointaines. Sa générosité donna à ces peuples une haute idée de la puissance ainsi que de la richesse de la France, et leur inspira un grand respect pour un homme aussi magnifique.

Craignant que les Hollandais ne fissent une tentative pour réoccuper leurs anciens comptoirs, du Casse résolut de mettre l’île de Gorée, ainsi que les points accessibles des côtes de terre ferme, en état de défense, en rétablissant les anciennes fortifications. Les événements donnèrent raison à sa perspicacité.

Chassés des rives de la Gambie, les Hollandais avaient gardé à cent lieues au nord, près du cap Blanc, une forteresse bâtie dans la baie d’Arguin. Ils s’y étaient solidement établis, et de là faisaient le commerce d’une partie du Sahara, achetant et exportant la gomme, les plumes, la poudre d’or et l’ambre gris. Chaque fois que les navires français, chargés de la protection de la colonie du Sénégal, s’éloignaient pour porter dans la mère-patrie leurs cargaisons, les Hollandais, ne se contentant pas d’exploiter l’intérieur de l’Afrique septentrionale, profitaient de l’éloignement des navires de la compagnie française pour faire la traite dans les parties concédées à cette compagnie, cherchant à ruiner son commerce.

Persuadé que le voisinage de l’ennemi amènerait infailliblement la perte des établissements de la compagnie du Sénégal, du Casse, en sa qualité de commandant supérieur dans les mers d’Afrique, prit sur lui d’enlever le fort d’Arguin.

Jugeant l’expédition assez importante pour nécessiter sa présence, il se mit à la tête du corps expéditionnaire. Le 10 juillet 1678, il débarqua devant le fort hollandais. En quelques jours, il se rendit maître de tout le territoire placé sous la domination batave. Au nom du roi, il somma le gouverneur de rendre la place. Sur son refus, il fit ouvrir le feu. Mais il ne tarda pas à reconnaître que la position était trop forte et nécessiterait un siége en règle. Or, il n’avait pas pour cette opération un matériel suffisant. Il ne s’obstina pas dans son entreprise et, avec une prudence et une sagesse admirables chez un homme aussi jeune (trente-deux ans), il reprit la mer et revint au Sénégal compléter ses moyens d’action. Il embarqua alors avec lui comme second le chevalier de Richemont et cent hommes de renfort, grossit son escadre du vaisseau de la marine royale l’Entendu, et de quatre bâtiments de transport, chargés de tout ce qui était nécessaire pour le siége.

Le fort d’Arguin exigeait, en effet, une puissante artillerie. Sa position, au sommet d’un rocher, le rendait presque inaccessible. Il était couvert par une double enceinte, formée de quatre bastions. L’escarpe avait une épaisseur de quinze pieds et une élévation considérable au-dessus des fossés; la garnison comptait un millier de défenseurs, commandés par un chef énergique, le colonel hollandais Corneille Der-Lyncourt. La place était armée de trente bouches à feu.


Le 22 août, du Casse parut de nouveau devant Arguin et s’empara de l’île aussi facilement que la première fois.