Le gouverneur du fort, qui avait appelé à son aide les peuplades indigènes, montra la même fermeté dans sa défense, qui fut fort belle. Néanmoins du Casse parvint, en quelques jours, à couronner le chemin couvert et à y établir deux batteries de neuf pièces chacune. En quarante-huit heures, il eut une brèche praticable, et fit en outre creuser sous l’escarpe une mine pouvant faire sauter une partie du fort.
Le 29, il envoya à l’assiégé la sommation suivante:
«Nous, du Casse, commandant le vaisseau du roy l’Entendu et les autres vaisseaux et troupes destinées pour la terre:
«Déclarons à M. Der-Lyncourt, gouverneur de l’isle et fort d’Arguin appartenant aux Etats de Hollande, que le lundi 22 août nous avons fait descente avec nos troupes destinées pour l’attaque, et que nous avons pris possession de l’île au nom du roy; qu’ayant voulu attaquer le château, la vigoureuse résistance que nous a faite le dit sieur gouverneur par diverses fois nous a obligé à descendre notre artillerie, composée de dix-huit pièces, dont nous avons fait deux batteries différentes, de l’une desquelles nous avons fait faire feu pendant vingt-quatre heures, et étant maintenant en état de se servir de l’autre et de toutes ses forces pour la réduction de la place, sommons le dit sieur gouverneur de nous la remettre en main; faute de quoy nous sommes prêts à achever la brèche, à monter à l’assaut et faire jouer la mine, et il lui mandera en réponse s’il est en estat d’y résister sous peine d’encourir toutes les rigueurs les plus sévères de la guerre.
«Fait au camp devant Arguin, le 29 août 1678.»
L’artillerie des assiégeants avait fait des ravages considérables dans les rangs des défenseurs de la place.
Le gouverneur hollandais ne voulut pas risquer d’exposer sa garnison aux rigueurs extrêmes, dont on la menaçait, s’il prolongeait une défense inutile et laissait donner un assaut dont le résultat ne pouvait être douteux. Il entra en pourparlers. Sa défense avait été vigoureuse; du Casse voulut le reconnaître, en lui accordant une capitulation des plus honorables.
Avant de rien stipuler pour lui-même, le colonel Der-Lyncourt avait demandé que les Mores, ainsi que leurs familles, au service de son gouvernement, fussent déclarés libres sans pouvoir jamais être inquiétés à cause de leur conduite antérieure à la capitulation d’Arguin. Cette manière d’agir toucha du Casse, bien capable d’apprécier la noblesse du caractère de son ennemi. En conséquence, le vainqueur accorda avec plaisir les honneurs de la guerre.
En outre, il fit cadeau au commandant d’Arguin d’un navire de soixante tonneaux équipé et bien aménagé. L’acte de donation est conçu en ces termes:
«Le sieur du Casse, capitaine commandant le vaisseau du roy l’Entendu. Nous certifions à qui il appartiendra qu’ayant pris M. Der-Lyncourt, gouverneur du château d’Arguin en Afrique, et lui ayant donné un passeport pour se retirer en Hollande, ou tel port de l’Europe que bon luy semblera, nous lui avons donné, pour cet effet, une galiote du port d’environ soixante tonneaux, en sa propre personne, pour en disposer comme de son bien mesme, sans que personne de ses gens ny autres y puissent rien prétendre ny mesme la compagnie de Hollande, à qui elle a appartenu.»