«A bord du Sceptre le 26 mars 1697.—
Signé: Pointis.
«Vu: du Tilleul.
«En ce compris le Pontchartrain, et la Marie de Saint-Malo.»
Parmi les historiens qui ont parlé des démêlés du chef de l’expédition avec du Casse, celui qui a traité la question avec le plus d’autorité est Charlevoix; mais il n’a pas donné l’original de la convention que nous venons de citer, et il avoue n’en pas connaître les propres termes. Cette pièce se trouve aux archives du ministère de la marine en doubles copies, certifiées conformes par les deux contradicteurs, l’une par du Casse, l’autre par Pointis lui-même. Toutes les deux sont identiques.
Le gouverneur de Saint-Domingue fit afficher cet écrit à la porte de l’église et sur la place du Petit-Goave; il répondit à Pointis de la fidélité des troupes de la colonie, se porta garant de la sincérité de la parole du général auprès de ses administrés.
Sur ces entrefaites, un officier du Pontchartrain (vaisseau commandé par le chevalier de Mornay), de garde au fort de la ville, fit mettre en prison un flibustier qui avait fait du tapage. Les camarades de celui-ci, indignés qu’un officier, dont ils se considéraient comme indépendants, eût pris cette liberté, sans s’informer de la culpabilité ou de l’innocence de leur compagnon, s’ameutèrent à l’entrée du fort. L’officier de garde les fit sommer de se retirer, les menaçant, en cas de refus, de faire tirer sur eux. Cette injonction n’ayant produit aucun effet, une décharge fut faite et en jeta trois sur le carreau. Immédiatement plus de deux cents flibustiers vinrent, les armes à la main, cerner le fort, exigeant qu’on leur livrât l’officier qui avait commandé le feu. Du Casse se tenait à l’écart, depuis que Pointis avait pris en main toute l’autorité; ce dernier accourut sur le théâtre de la sédition, mais sa présence ne fit qu’exaspérer les flibustiers; il fut exposé à de graves dangers et se vit réduit à implorer l’aide du gouverneur. Du Casse vint et, dit Charlevoix, «Il ne lui coûta, pour remettre tout dans l’ordre, que de se montrer avec cet air de maître qu’il savait prendre à propos.» Aux premiers mots qu’il dit, les flibustiers rentrèrent dans le devoir; l’officier qui avait commandé le feu fut envoyé aux arrêts sur son bord, et tout rentra dans l’ordre.
On fit alors les préparatifs de départ, bien que le but de l’expédition ne fût pas encore fixé définitivement; du Casse conseillait d’aller chercher les galions à Porto-Bello, disant qu’ils devaient s’y trouver encore, ou bien être en route pour Carthagène, et qu’on était sûr de les rencontrer en mer, s’ils avaient déjà quitté Porto-Bello. Pointis ne fut pas de cet avis, et son opinion prévalut.
On eut à regretter de ne pas avoir suivi le conseil de du Casse, car on sut bientôt qu’on aurait trouvé les galions à Porto-Bello, où la confusion avait été extrême à l’annonce du danger qu’ils couraient. Les navires ennemis portaient près de deux cent millions de francs. «C’est, écrivait par la suite du Casse, le plus grand coup manqué depuis que les hommes naviguent.»
Enfin le cap fut mis sur Carthagène. L’expédition arriva le 6 avril devant Sambay, point situé à une quinzaine de lieues de Carthagène; des vents contraires la retinrent en cet endroit jusqu’au 13. Ce temps d’arrêt fut employé à faire le démembrement exact des forces expéditionnaires et à convenir des signaux.