On distribua en régiments de marche les soldats qui étaient sur les vaisseaux du roi. A leur tête pour colonels et lieutenants-colonels, la Roche du Vigier, chevalier de Vezins, de Vaujour, chevalier de Marolles, de la Chesneau, de Brem, Simonet, de Firmont.
Un bataillon de quatre cents matelots fut formé et mis sous le commandement du chevalier de Vaux, ayant pour officiers MM. de Sigolas, Carcavis, de Sabran, de Longue-joue.
Les flibustiers conservèrent leurs officiers élus par eux. Les soldats tirés de Saint-Domingue eurent pour chef la Bonninière de Beaumont.
Le 13 avril au soir, Pointis vint en vue de Carthagène. Avant de continuer ce récit, nous croyons utile de donner une description exacte de cette ville, d’après les mémoires du temps.
«L’entrée de ce port admirable, qu’on appelle le Lagon de Carthagène, est, ainsi que je l’ai déjà remarqué, fort étroite; d’où lui est venu le nom de Bocca-Chiqua, duquel on a fait par corruption celui de Boucachique. Le fort qui le défend est sur la gauche en entrant, au milieu et au plus étroit de la passe, à cause d’un petit islet qui se trouve vis-à-vis. Il est à trois lieues au sud-ouest de Carthagène. On tourne ensuite pendant deux lieues depuis le sud-ouest jusqu’au nord-nord-est, et l’on trouve sur la même main un second fort qui porte le nom de Sainte-Croix. Les fortifications n’en étaient pas régulières, mais sa situation le rend presque inaccessible; il n’y peut aborder à la fois que peu de chaloupes, et l’on n’y saurait aller par terre, parce qu’il est environné de marécages et d’un grand fossé plein d’eau où la mer dégorge. La ville est à une lieue de là sur le même air de vent; mais aux deux tiers du chemin on rencontre de petites îles, entre lesquelles le passage est fort étroit. Carthagène est divisée en haute et basse ville. Celle-ci se nomme Hihimani, mot indien qui veut dire faubourg. L’une et l’autre étaient assez régulièrement fortifiées, et elles sont séparées par un fossé où la mer entre et sur lequel il y a un pont-levis. Hihimani, qui est comme une forteresse à sept bastions, est au sud-est de la ville haute, qui est proprement ce que l’on appelle Carthagène, et à quatre cent toises est-sud-est de Hihimani on trouve dans la grande terre le fort de Saint-Lazare, où l’on va aussi par un pont-levis. Ce fort commande les deux villes, et il est commandé lui-même par une montagne de très-difficile accès. Notre-Dame de la Poupe est éloignée de douze cent cinquante toises de Saint-Lazare au sud-est. C’est un couvent de religieux, dont l’église regardée d’un certain côté a la figure d’une poupe de vaisseau.»
LIVRE IV
De 1697 à 1699. CARTHAGÈNE.
Données fausses apportées de France par Pointis sur Carthagène.—Sages conseils de du Casse, qui ne sont pas écoutés.—Reconnaissance.—Débarquement.—Les galions à Porto-Bello.—Audace des flibustiers.—Reddition de Boccachique.—Sommation du gouverneur de cette ville.—Attaque par mer.—Siége de Hihimani.—Rôle des flibustiers.—Singulier incident.—Batteries de siége.—Le drapeau parlementaire arboré par le gouverneur de Carthagène.—Capitulation.—Orgueil maladroit du baron de Pointis.—Sa conduite déloyale.—Ses discussions.—La colonie de Saint-Domingue en péril.—Révolte des flibustiers provoquée par Pointis.—Leurs exactions.—Ordre du jour de du Casse.—La flotte anglo-hollandaise.—Le chevalier de Galiffet part pour la France.—Mémoires sur l’expédition de Carthagène.—Lettres de Pontchartrain.—Du Casse chevalier de Saint-Louis.—Arrêts du conseil d’Etat.—Les Anglais au Petit-Goave.—Paix de Riswick.—Le vice-roi du Mexique.—Négociations relatives à la délimitation des frontières françaises et espagnoles dans l’île Saint-Domingue.