Pointis était parti de France, ayant reçu du ministère de la marine des données très-fausses sur Carthagène; du Casse, qui, par ses espions, en avait de fort exactes, voulut l’éclairer. Il n’y put parvenir.

Déjà à cette époque l’administration centrale se considérait comme infaillible. Les instructions, émanées d’elle, prescrivaient au chef de l’expédition de s’emparer, dès son arrivée, du couvent fortifié de Notre-Dame de la Poupe, situé à l’est de la ville sur une hauteur qui dominait les environs, commandait les routes, protégeait Carthagène et permettait de faire filer et de mettre à l’abri les richesses de la ville par les voies de terre.

Le jour même de son arrivée, Pointis voulut tenter le coup. Il en chargea les flibustiers avec du Casse. Deux vaisseaux vinrent s’embosser vis-à-vis Carthagène du côté du couvent, et l’ordre d’attaquer pour le soir fut donné. Les chaloupes devaient prendre les flibustiers et les débarquer à la côte. Pointis voulut, néanmoins, s’assurer par lui-même du point le plus favorable au débarquement. Il monta dans son canot avec du Casse, le chevalier de Lévis-Mirepoix et du Tilleul. En approchant de terre, il fut fort surpris de voir les vagues déferler avec violence contre des rochers à fleur d’eau, dont la côte était parsemée et qui en rendaient l’abord impossible. Le canot fut pris entre deux brisants et rempli d’eau en un instant.

Les principaux chefs de l’expédition se trouvèrent donc menacés d’être engloutis par les vagues.

Lévis-Mirepoix se jette alors à la mer, plonge sous l’eau et parvient à dégager la quille du frêle esquif. Les matelots redoublent d’efforts, et le canot revient à flot. Le débarquement sur ce point était impossible, contre-ordre est aussitôt donnée, et la journée du lendemain (14 avril 1697) est employée en reconnaissances.

Le 15 au matin, l’escadre mouilla entre la ville et le fort Boccachique, contre le feu duquel elle était abritée par un promontoire. A midi, du Casse débarqua avec quatre-vingts nègres. Il explora tous les bois couvrant la presqu’île qui relie Boccachique à Carthagène, bois où l’on pouvait craindre que des embuscades n’eussent été dressées. Rien de suspect ne fut découvert; du Casse hissa alors le drapeau blanc, signal convenu entre Pointis et lui. Immédiatement les chaloupes amenèrent les troupes de débarquement.

Cette descente avait pour but de s’établir fortement dans la presqu’île, de couper ainsi toute communication entre la ville et Boccachique. Pointis, du Casse, Lévis-Mirepoix, ayant avec eux environ un millier d’hommes, tant nègres que flibustiers ou grenadiers, prirent un sentier sous bois qui menait à la forteresse. Ils arrivèrent à deux portées de fusil de Boccachique, et occupèrent une forte position, restant couverts par l’épaisseur du bois qui les dérobait à la vue de l’ennemi. Pendant l’opération, le feu des vaisseaux, mouillés au large, absorbait l’attention des défenseurs du fort.

Vers six heures du soir, Pointis, s’étant aventuré hors du bois, arriva à un ancien village abandonné, d’où il put examiner la forteresse.

A la nuit tombante, deux compagnies de grenadiers, un bataillon sous les ordres du commandant de la Chesneau et trois cents flibustiers prirent possession de ce village. D’autres troupes restèrent en position, surveillant les débouchés de la ville. Le baron de Pointis, les chevaliers de Lévis et de Jaucourt purent, à la faveur des ténèbres, s’approcher de la place et faire le tour des fossés sans être découverts. Le chevalier du Buisson des Varennes proposa d’établir une batterie de mortiers sur une éminence située près du fort, ce qui fut adopté. Le lendemain matin, 16 avril, cette batterie fut en état d’ouvrir son feu. Ce même jour, de fort bonne heure, une grande pirogue, portant soixante hommes et des munitions de guerre, envoyée par le gouverneur de Carthagène à Boccachique, ayant voulu atterrir, fut enlevée par les flibustiers.

Il s’y trouvait deux cordeliers, qui répétèrent à Pointis ce que du Casse lui avait déjà dit, comme le tenant de ses espions, que les galions étaient à Porto-Bello. Ces deux religieux ajoutèrent que, depuis la fin du mois d’octobre, on les attendait à Carthagène, et que leur séjour à Porto-Bello avait été beaucoup plus long que les années précédentes.