«M. de Muin, écrit-il, a soutenu le feu de toute l’escadre anglaise.
«M. de Saint-André tint son coin le 1er jour, comme s’il avait eu un vaisseau de soixante canons, et a gardé son poste jusqu’à ce que les ennemis le quittèrent, et ensuite il a manœuvré en habile homme et du métier. Il est ancien officier et j’ose vous assurer que personne ne mérite mieux que lui l’honneur de votre protection.»
Il n’a garde d’oublier le chevalier de Roucy.
«Monsieur le chevalier de Roucy s’y conduisit comme un brave homme et un bon officier.»
Ces témoignages d’estime de la part d’un chef tel que du Casse devaient être agréables au ministre, dont Roucy était le beau-frère et qui, de son côté, nourrissait les mêmes projets que du Casse avait déjà formés dans son esprit.
L’envoi du marquis de Tierceville nous prive d’avoir un récit, de la main même de du Casse, sur la victoire qu’il venait de remporter. Il faut se contenter des rapports de tiers personnages comme celui, fort incomplet, du chevalier de Galliffet, qui écrit le 18 octobre:
«Monseigneur, je ne mets ici que la nouvelle du combat de M. du Casse contre Benbow, ainsi que je l’ai appris d’un matelot pris dans la chaloupe de la Gironde qui était le vaisseau de Benbow, et qui vient d’être pris par un de nos corsaires, dans un vaisseau marchand anglais, allant en Europe.
«Benbow ayant été informé, par les prises qu’il fit aux rades de Léogane, le 7 août dernier, que M. du Casse devait incessamment arriver à la ville de Saint-Domingue, et que de là il passerait à Carthagène; il fit de l’eau et du bois durant six jours, au cap Dalmarie, en cette île, et de là, fit route pour la côte de terre ferme, par le travers de la rivière Grande. Environ de douze lieues de terre, il aperçut, au point du jour, l’escadre de M. du Casse au vent à lui, mais peu loin. Le matelot ne sait point dire quel jour c’était, mais je compte que ce devait être environ le 23 d’août. M. du Casse retint le vent jusques à dix heures, mais comme les ennemis gagnaient beaucoup sur lui, il fit vent arrière à sa route, entre la terre et l’escadre de Benbow; en passant, MM. du Casse et Benbow se donnèrent leur bordée, et les autres vaisseaux de même. M. du Casse poursuivit sa route et Benbow le suivait, hors la portée de combat. Le lendemain au soir, l’escadre anglaise s’approcha, et ils se donnèrent encore leur volée, et tous les jours de même jusques à la rive de Carthagène, où Benbow ayant fait la même manœuvre, il eut la jambe cassée d’un éclat, et prit en ce dernier combat un des vaisseaux marchands de charge de M. du Casse; et le lendemain matin, se trouvant par le travers de la ville, il retint le vent et fit route droit à la Jamaïque. Le matelot dit que ces combats réitérés durant six ou sept jours, une fois chaque jour, n’ont été qu’une volée à chaque fois, excepté un jour où le combat dura une heure.
«Cependant, le vaisseau de Benbow et le Rubis ont été très-incommodés, le premier a été démâté de son artimon et de son beaupré et son grand mât et mât de misaine fort endommagés d’un coup de canon chacun. La vergue de son grand hunier et celle de misaine coupées, vingt-cinq tués et trente-cinq blessés. Le Rubis n’a pas moins reçu de mal; leurs autres vaisseaux n’ont pas combattu, ou très-mal, et Benbow en a fait arrêter quatre capitaines, aussitôt qu’il a été arrivé à la Jamaïque et leur fait faire leur procès. L’Apollon a été très-maltraité ayant été démâté presque de tous ses mâts. Le matelot assure que M. du Casse lui a donné la remorque pendant deux jours.
«Il semble que durant le temps que Benbow a fait l’eau au cap Dalmarie, il aurait pu avertir Witschston qui croisait au travers de Saint-Louis, de le joindre. Sans doute qu’il se tenait assez fort pour battre M. du Casse, et n’en voulait partager la gloire avec personne.»