Diverses affaires retinrent du Casse à Carthagène. Ainsi en arrivant dans cette ville, il trouva le capitaine de Cossé qui s’adressa à lui pour obtenir justice d’illégalités dont il avait été la victime de la part des autorités espagnoles de Panama. Du Casse fit faire droit à cette réclamation.
A la fin de l’année 1702, du Casse quitta les colonies espagnoles. Il fit une courte apparition à Saint-Domingue, dont il était depuis deux ans gouverneur général avec le chevalier de Galliffet pour gouverneur intérimaire. Après s’être fait rendre compte de la situation de l’île, avoir vu beaucoup par lui-même, il appareilla pour la France.
Le 18 mars 1703, n’ayant avec lui que les quatre vaisseaux qui avaient combattu à Sainte-Marthe, les deux autres le suivant à quelques jours d’intervalle, il fut rencontré par l’amiral anglais Graydon, se rendant aux îles avec une escadre de plusieurs vaisseaux de ligne. Il crut qu’il allait être obligé de livrer bataille pour s’ouvrir un passage. Il n’en fut rien. L’amiral Graydon n’osa l’attaquer. Cet officier général, à son retour en Angleterre, fut, pour ce fait, cassé de son grade et dépouillé de toutes ses dignités par un jugement de la chambre des Lords.
La première fois que du Casse, après son retour, vit Pontchartrain, la conversation étant venue sur la campagne de Sainte-Marthe et sur les officiers qui s’y étaient distingués, le chef d’escadre fit l’éloge du chevalier de Roucy. Le ministre de la marine parut enchanté, et, après un long entretien où le nom de cet officier fut souvent prononcé, il finit par lui demander s’il ne pensait pas, lui qui avait pu étudier le caractère de M. de Roucy, que ce gentilhomme serait un excellent mari. Du Casse comprit sur-le-champ où en voulait venir le ministre, et comme il était ravi de cette demi-ouverture, il répondit que lui, qui avait une fille en âge d’être mariée, il s’estimerait un heureux père, s’il pouvait trouver un gendre en tous points semblable au chevalier de Roucy.
Bref, il fut convenu que du Casse consulterait sa femme et ferait part au ministre du résultat de leurs réflexions sur la possibilité d’un mariage.
Louis de la Rochefoucauld, chevalier de Roucy, marquis de Roye, plus connu sous ce dernier nom à partir de 1704, avait pour père le comte de Roye, lieutenant général au service de France, devenu généralissime de l’armée danoise en 1683, et pour mère la sœur des maréchaux duc de Lorge et duc de Duras. Il était petit-fils de Charles de la Rochefoucauld et de Charlotte de Roye de Roucy, sœur de la princesse de Condé dont le mari avait été tué à la bataille de Jarnac.
Le chevalier de Roucy était le beau-frère de Pontchartrain qui avait épousé une la Rochefoucauld de Roye.
Du Casse s’empressa de faire part à sa femme de l’entretien qu’il venait d’avoir avec le ministre. Mme du Casse se montra d’abord peu favorable à ce projet d’union, opposant des objections fort sérieuses. Elle fit observer à son mari, que Louis de la Rochefoucauld était issu d’une famille de huguenots, qu’à la vérité il avait cessé de l’être, mais que néanmoins elle désirait s’assurer que sa conversion était bien sincère, car s’il venait à retourner à son ancienne religion, après son mariage, cette apostasie rendrait la femme qu’on lui destinait malheureuse pour le reste de ses jours; que de plus, il n’avait pas de fortune, et qu’enfin il y avait à craindre que l’amour-propre de ce gentilhomme, peu satisfait d’une union où il y avait plus de gloire que de naissance, ne le poussât à éloigner sa femme de ses parents, ou que cette dernière ne devînt la victime de son orgueil froissé.
Du Casse révéla alors à sa femme que depuis plusieurs années, il observait avec grand soin la conduite de l’homme qu’il destinait à sa fille; qu’il avait étudié son caractère, et que de cette étude attentive était résultée pour lui la conviction intime que ce jeune gentilhomme était bien le mari qui convenait à leur fille; du Casse ajouta que M. de Roye était l’honneur et la loyauté mêmes, incapable d’éloigner une fille de sa mère par vanité, ni de céder à un mobile d’intérêt pour faire un mariage qui ne lui conviendrait pas. Quant à la question de religion, il suffisait de demander un serment qui, s’il était prêté, serait scrupuleusement tenu.
Mme du Casse se rendit alors, et autorisa son mari à conclure avec Pontchartrain.