Nous ne pousserons pas plus loin le récit des préliminaires du mariage, arrangements pris entre les deux familles, signature du contrat, etc. Pontchartrain obtint, à l’occasion de ce mariage, l’agrément du Roi pour l’achat, par son beau-frère, de la charge de lieutenant général des galères; le brevet en fut expédié le 1er janvier 1704 au chevalier de Roucy, qui prit le nom de marquis de Roye et épousa quinze jours après Marthe du Casse.
Ce mariage fut fort heureux de part et d’autre; Saint-Simon qui ne perd jamais l’occasion de placer un mot désobligeant, parle de cette union au chapitre iv de son 3e volume. On y lit ce qui suit:
«Pontchartrain fit en même temps (1703) le mariage d’un de ses beaux-frères, capitaine de vaisseau, et lors à la mer, avec la fille unique de du Casse, qu’on croyait riche d’un million deux cent mille livres; du Casse était de Bayonne où son frère et son père vendaient des jambons. Il gagna du bien et beaucoup de connaissances au métier de flibustier, et mérita d’être fait officier sur les vaisseaux du roi, où bientôt après il devint capitaine. C’était un homme de grande valeur, de beaucoup de tête et de sang-froid, et de grandes entreprises, fort aimé dans la marine par la libéralité avec laquelle il faisait part de tout, et la modestie qui le tenait en sa place. Il eut de furieux démêlés avec Pointis, lorsque ce dernier prit et pilla Carthagène. Nous verrons ce du Casse aller beaucoup plus loin. Outre l’appât du bien, qui fit d’une part ce mariage, et de l’autre la protection assurée du ministre de la mer, celui-ci trouva tout à propos d’acheter pour son beau-frère, de l’argent de du Casse, la charge de lieutenant-général des galères de France, qui était unique, donnait le rang de lieutenant-général et faisait faire tout à coup ce grand pas à un capitaine de vaisseau; elle était vacante par la mort du bailli de Noailles.»
Nous avons souligné dans cette citation deux lignes qui renferment autant d’erreurs que de mots. Saint-Simon prétend que du Casse était fils et frère de vendeurs de jambons de Bayonne. Mensonge. Ni son père, ni son frère n’habitèrent cette ville et ne purent, par conséquent, y exercer ce commerce.
Nous avons cité au commencement de cette notice l’acte de naissance de l’amiral du Casse, acte qui détruit radicalement l’assertion du duc de Saint-Simon. Transcrivons-le ici de nouveau et littéralement:
«Le second d’aoust, mil six cent quarante-six, a esté baptisé, en l’église paroissiale de Saubusse, Jean du Casse, fils légitime de Bertrand du Casse et de Marguerite de Lavigne, estant parain Jean de Sauques, et marraine Bertrande de Letronques, habitants les tous dudit Saubusse; présents Bertrand Destanguet et Etienne de Laborde.»
Il n’est pas question, dans cet acte, de marchands de jambons. Le Bayonne de Saint-Simon s’est changé en Saubusse, localité du Béarn, située près de Dax. Ce n’est qu’un demi-siècle plus tard environ, alors que Bertrand du Casse était mort depuis longues années, qu’un riche mariage contracté par sa petite-fille, Suzette du Casse avec Jean de Vidon, amena celle-ci à Bayonne, ainsi que son frère, neveu et filleul de l’amiral, héritier de son nom.
Quant à la seconde assertion: Il acquit beaucoup de connaissances au métier de flibustier, elle est tout aussi fausse que la première: du Casse n’a jamais exercé la flibusterie que dans l’imagination féconde et inventive de cet historien-romancier.
En 1689, officier du roi, lors de l’expédition de Surinam, de 1691 à 1700, gouverneur de Saint-Domingue, du Casse eut sous ses ordres les flibustiers, mais il ne le fut jamais.
Quoi qu’il en soit des appréciations plus ou moins justes, auxquelles donna lieu ce mariage, l’amiral du Casse et le marquis de Roye s’en enquirent assez peu, tout entiers, l’un au plaisir de demeurer quelque temps avec les siens, l’autre au bonheur de la lune de miel auprès d’une jeune femme charmante.