Ni l’un ni l’autre ne devaient goûter longtemps le doux repos de la vie de famille.

Au mois d’avril 1704, du Casse reçut l’ordre de se rendre à Brest. Le roi (instruit des formidables préparatifs que l’Angleterre et la Hollande faisaient pour mettre en mer une armée navale, chargée d’appuyer sur les côtes d’Espagne l’armée de terre de l’archiduc Charles, compétiteur de Philippe V,) avait dès le commencement de l’année, fait travailler dans tous les ports de l’océan Atlantique et de la Méditerranée, pour organiser une armée navale considérable.

Il en destinait le commandement à son fils légitimé le comte de Toulouse. Celui-ci partit de Brest le 16 mai avec vingt-trois voiles, prit la route de Lisbonne, et doubla le cap Gibraltar, afin de rallier les vaisseaux armés dans la Méditerranée. Les ayant joints, il se trouva à la tête de quarante-cinq vaisseaux de ligne, et de vingt-quatre galères, lesquelles étaient commandées par le gendre de du Casse. Le marquis de Roye avait dû, lui aussi, à l’exemple de son beau-père, s’arracher des bras de sa jeune femme pour courir les hasards de la guerre. A cette époque, dont on a osé accuser les contemporains de manquer de patriotisme, nulle considération, de quelque nature que ce fût, de famille ou de cœur, ne pouvait distraire de son devoir un gentilhomme que l’honneur appelait à servir sa patrie et son roi. L’intérêt particulier cédait toujours devant l’intérêt public.

Le marquis de Roye était lieutenant-général des galères, ainsi que le duc de Tursis (de la maison des Doria) et le chevalier de Forville. Du Casse servait à l’avant-garde.

Cette avant-garde, escadre blanche et bleue, était placée sous le commandement supérieur du marquis de Villette-Mursay, lieutenant général des armées navales, qui avait arboré son pavillon sur le Fier, vaisseau de quatre-vingt-cinq canons. Il avait pour commandants en seconds le marquis d’Infréville, monté sur le Saint-Philippe de quatre-vingt-deux canons, et du Casse monté sur l’Intrépide de quatre-vingt-quatre canons, tous deux chefs d’escadre des armées navales. Parmi les bâtiments placés sous les ordres de ces trois officiers généraux, se trouvait le Rubis sur lequel était le protégé de du Casse, le chevalier de Grouchy. L’arrière-garde était sous les ordres du marquis de Langeron.

Le 22 août, à la hauteur de Velez-Malaga, la présence de l’ennemi fut signalée.

Le 24, à la pointe du jour, profitant du vent favorable, l’armée navale ennemie se mit en bataille et attaqua. Elle était sous le commandement en chef de l’amiral Rook, qui avait pour seconds les amiraux Showel et Kalembourg.

N’ayant pas l’intention de faire, après tous les historiens de la France, un tableau de la bataille de Velez-Malaga, nous nous bornerons à donner ici le rapport du marquis de la Villette, avec lequel se trouvait du Casse. Le marquis écrit au ministre:

«Monseigneur, ce n’est pas à moi de vous faire le détail de l’action qui se passa hier, à l’honneur de M. l’amiral et de toute la marine.

«Les ennemis avaient le vent sur nous et s’en servaient pour nous attaquer avec des forces supérieures aux nôtres. Je ne dois vous parler que de l’avant-garde que je commandais. Le général Showel commandait celle des ennemis. Il arriva de si bonne grâce, que le voyant à une petite demy-portée de canon, je ne doutay point qu’il ne voulust avoir à faire à moy, et je l’attendis. Je fus fort surpris de ce qu’il aima mieux me donner en partage un de ses matelots qui est plus fort que luy. Nous nous attachâmes l’un à l’autre pendant une heure, et il jugea à propos de se rallier à Showel qui, après avoir combattu M. du Casse et s’en estre ennuyé, avait tombé sur l’Excellent et le Sage dont l’artillerie était inférieure à celle de ses matelots. Cependant, monseigneur, comme on m’avait crié de main en main qu’il fallait que toute l’avant-garde forçât de voiles pour gagner le reste des ennemis, et que le second de Showel, qui m’avait laissé, me mettait en liberté de combattre les vaisseaux qui estaient de son avant, j’eus à faire à un vaisseau de soixante-dix canons et à un autre de la même force qui, dès le commencement du combat m’avaient agacé.»