Une bombe ayant mis le feu au vaisseau-amiral du marquis de Villette, cet officier-général explique qu’il dut abandonner le combat.

«Nous eûmes beaucoup à esteindre le feu, et il fallut sortir de la ligne malgré moy. Je fus fasché que toute mon escadre, qui jusque-là, avait fait des merveilles, se retirast du combat. MM. du Casse et de Sainte-Maure pouvaient y estre obligés par la grande quantité des mâts et des manœuvres, que le grand feu, qu’ils avaient souffert, avait mis hors de service. Mais enfin, les autres crurent devoir faire le même mouvement, parce que les ennemis avaient reviré pour se rapprocher de l’amiral Showel.

«J’ai eu six lieutenants blessés, MM. de la Mirande, de Lusignan, chevalier de la Sale, des Gouttes, de Leons et Lesguille; sept enseignes, MM. de Lignières, de Marillac, de Gibanel, de Torcy, d’Escoulan qui est blessé dans des endroits, où il sera quitte pour n’être plus propre au mariage, et le chevalier Perrot. 25 aoust 1704. A bord du Fier. Signé: Villette-Mursay.»

Le marquis de Villette-Mursay paraît fort étonné, ainsi qu’on vient d’en pouvoir juger par son rapport, que l’amiral ennemi Showel ait dédaigné de l’attaquer, lui commandant en chef de l’avant-garde, et ait préféré s’acharner contre du Casse.

Le marquis de Villette, homme fort ordinaire, qui avait dû le grade de lieutenant général à sa parenté avec Mme de Maintenon, ne se rendait nullement compte du mobile qui avait fait agir Showel.

Ce dernier, qui connaissait les exploits de du Casse, devenu la terreur des divisions navales anglaises, avait jugé que le vainqueur de Sainte-Marthe devait être l’âme d’une escadre où il se trouvait, et que c’était lui surtout qu’il importait de mettre hors de combat, avant tout autre; aussi l’avait-il quitté, non pas après s’en être ennugé, mais après l’avoir criblé.

Cette bataille fut une des plus meurtrières du siècle. Les alliés y perdirent près de dix mille hommes; plusieurs de leurs bâtiments sautèrent, ou furent coulés à fond. Du côté des Français, il y eut peu de morts, mais parmi eux, des marins distingués: le Bailly de Lorraine, le chevalier de Belle-Ile, le marquis de Château-Renaud. Relingue et Gabaret moururent peu de jours après des suites de leurs blessures.

Bien qu’ils eussent eu le vent favorable, les alliés avaient eu le désavantage, sur toute la ligne, aussi profitèrent-ils de la nuit pour prendre la fuite. Le comte de Toulouse les poursuivit toute la matinée et la journée du 25. Vers le soir, le vent ayant changé, à force de manœuvres, l’armée navale de France parvint à joindre d’assez près celle de l’ennemi pour pouvoir l’attaquer de nouveau. Le grand-amiral voulut en donner l’ordre, mais le vieux maréchal de Cœuvres l’engagea à n’en rien faire et à consulter son conseil assemblé.

Le conseil fut d’avis de ne pas livrer combat.

On ne tarda pas à regretter de n’avoir pas fait ce que voulait le comte de Toulouse, car on apprit bientôt que l’ennemi était entièrement dépourvu de munitions, qu’il était hors d’état de se défendre. Gibraltar eût été peut-être le prix de la victoire.