Le 12 mai, le roi d’Espagne, avec l’armée qu’il commandait, leva également le siége et opéra sa retraite par le Roussillon. On lui conseillait de se rendre à Versailles. Il refusa énergiquement de prendre un parti indigne d’un fils de France. Il entra en Espagne par le pays de Foix, gagna Pampelune et de là Madrid. Obligé d’en sortir ainsi que la reine, à l’approche des Portugais, il joignit l’armée du duc de Berwick.

Ce fut le 18 juin que la cour d’Espagne dut abandonner la capitale de ce pays. Les ennemis étaient en ce moment maîtres de la plus grande partie du royaume. Les troupes de France n’arrivaient pas. On craignit de voir les villes du littoral, encore en la possession du petit-fils de Louis XIV, tomber entre les mains de l’archiduc Charles. Les quelques vaisseaux de guerre qui restaient à l’Espagne étaient dans la rade de Cadix, ainsi que tous les galions et la majeure partie des navires de commerce espagnols et beaucoup de français. Les faire sortir était les donner à l’ennemi; les laisser à Cadix était risquer de les voir tomber en sa possession, s’il s’emparait de la ville. Dans cette occurrence, du Casse fut jugé seul capable de sauver ce qui restait de la marine militaire ou marchande espagnole.

Il se trouvait à Versailles, souffrant d’une manière cruelle de la blessure grave qu’il avait reçue à la bataille de Malaga. Il eut l’ordre de se rendre immédiatement en Espagne pour s’assurer par lui-même de l’état des choses. Il vit le Roi, qui lui prescrivit d’aller de suite à Cadix, le laissant libre du reste d’agir comme il l’entendrait. On s’en rapportait entièrement à son habileté.

Du Casse fit diligence. Le 6 juillet il était à Bayonne, et le 10 il écrivit à Pontchartrain de cette ville:

«Monseigneur, j’arrivai ici le 6 au soir. J’en serais parti, si j’avais trouvé des voitures. La poste d’Espagne ne traîne point de chaises, et il ne m’est pas possible de changer cette voiture, ma jambe pouvant avec peine même la supporter; elle est, à peu de chose près, au même état que lorsque je partis de Versailles. Je prends demain la route de Saint-Jean-Pied-de-Port, à la suite de l’artillerie, où il a passé d’autres chaises. Je me rendrai à Pampelune pour y joindre quelque régiment de cavalerie pour me rendre auprès du roi d’Espagne. J’étais déterminé de m’en aller par Burgos, pour y faire la révérence à la reine; mais M. Ory, avec lequel j’ai eu des conférences, m’en a détourné pour m’engager de me rendre auprès de Sa Majesté et pour continuer la route pour Cadix, que je trouve impossible, aucun voiturier ne voulant l’entreprendre.»

«Je ne prévois pas que je puisse rendre aucun service en Espagne, et j’ose croire que dans la situation présente je pourrais vous être de quelque utilité, et quoique vous ayez eu la bonté de m’écrire à Toulon que je pouvais rester, si je ne croyais pas pouvoir être utile en Espagne, je vous avouerai avec liberté que je ne le prévois que trop clairement, mais que la vergogne me surmonte. L’on pourrait croire que j’ai saigné du nez... J’attends vos ordres.»

Des secours étant arrivés au roi d’Espagne, il prit l’offensive; secondé par l’habile et intrépide Berwick, en très-peu de temps il reprit aux alliés tout ce dont ils s’étaient emparés, excepté Barcelone. Du Casse l’avait joint, et l’aidait de ses conseils. Il était auprès de ce prince à sa rentrée triomphale au mois de septembre dans Madrid, aux acclamations enthousiastes du peuple.

Du Casse trouva à Madrid des lettres de la cour de Versailles l’informant qu’il allait recevoir le commandement d’une escadre de vaisseaux français appareillant de Brest, pour conduire en Amérique la flotte de Cadix et en ramener les galions chargés des impôts perçus, au nom du roi catholique, dans le nouveau monde.

Du Casse redoutait cette mission et aurait volontiers décliné l’honneur qui lui était fait. Sa santé était si mauvaise qu’il écrivit le 28 septembre 1706 à Pontchartrain:

«Je vous prie de me permettre de passer l’hiver en mon pays, pour me trouver en état de profiter de la première saison de Bagnères. J’en ai besoin, sans dissimulation, autant pour mon pied et ma jambe que pour la sciatique qui me veut dépêcher.»