Immédiatement les deux escadres furent formées, mais, les préparatifs terminés, du Casse représentait au ministre qu’il ne pouvait se charger au cœur de l’hiver, par des vents contraires, de se rendre en Amérique. La nouvelle vint en même temps que les richesses du Pérou n’étaient pas encore à Panama, et que par conséquent il faudrait rester là longtemps pour les attendre.
Sur les observations faites par du Casse, la destination de ces quinze vaisseaux fut changée et le commandement en fut donné à du Quesne-Monnier. Cet officier, sorti de Brest au mois de mars, rencontra quinze bâtiments de commerce anglais dont il s’empara. Ils étaient justement chargés de poudre, de fusils, de selles, brides, harnachements de toutes sortes, en un mot des choses qui étaient nécessaires aux troupes britanniques faisant alors campagne dans la péninsule espagnole et dénuées de tout.
LIVRE VII
De 1707 à 1715.
LA MARTINIQUE. LES GALIONS. BARCELONE.
Du Casse part pour l’Amérique (12 octobre 1707).—Son arrivée à la Martinique et à Saint-Domingue.—A Carthagène (mars).—Il part pour la Havane avec les galions.—Là, il reçoit des instructions apportées par le marquis d’Ars.—Du Casse nommé lieutenant général des armées navales de France (27 décembre 1707).—L’escadre et du Casse quittent la Havane le 1er juillet 1708.—Rencontre et prise de six vaisseaux anglais richement chargés.—L’amiral entre au port du Passage près Bilbao avec sa capture et les galions (28 août 1708).—Instructions en date du 2 juin 1708 remises à du Casse, pour le paiement intégral des frais de l’expédition.—Lettre du comte de Toulouse à du Casse.—En juillet 1710, il reçoit l’ordre de se rendre de nouveau à Panama pour ramener d’autres galions menacés par les escadres anglo-hollandaises.—Histoire de cette nouvelle et importante mission entreprise pour sauver la monarchie espagnole.—Départ de Brest, en mars 1711, de du Casse et de son escadre; ses sages instructions à ses capitaines.—Il apaise en passant à Saint-Domingue une émeute populaire.—Rapport sur cette affaire.—Du Casse se rend à Carthagène le 2 juin et y trouve les galions.—Il fait mettre les trésors sur ses vaisseaux.—Sa ruse pour tromper l’escadre ennemie.—Il sort du port de Carthagène (3 août).—Il atterrit au port de Paix (26 août).—Lettre de Charitte, gouverneur de l’île.—L’amiral reçoit les provisions de commandeur de Saint-Louis.—Lettre de Berthomier (18 septembre) sur l’escadre de du Casse.—Violente tempête.—Relâche à la Martinique; on ne peut partir qu’au commencement de décembre.—Lettre de Charitte à Pontchartrain (25 novembre).—Entrée au port de la Corogne en avril 1712.—Le comte de Durtal envoyé par du Casse à Philippe V.—Grande joie à la Cour et dans toute l’Espagne à la nouvelle de l’arrivée des galions qui sauvent la monarchie.—Du Casse nommé chevalier de la Toison-d’Or (24 avril 1712).—L’amiral reçoit l’investiture de la main du roi à Madrid (23 mai).—Lettres relatives à la mission si heureusement et si habilement accomplie par du Casse.—Une page de Saint-Simon; le duc est jaloux de du Casse.—L’amiral du Casse de retour à Paris et nommé commandant en chef de l’armée navale devant Barcelone (1713).—Louis XIV désire que du Casse se rende à Toulon pour activer les préparatifs.—La santé de l’amiral le retient quelque temps à Paris.—Son voyage.—Il est forcé de s’arrêter à Moulins et à Bourbon-l’Archambault.—Lettres de Pontchartrain et de Louis XIV.—La santé de du Casse le contraint à quitter le siége et à se rendre à Bourbon avec son gendre.—Sa mort (25 juillet 1715).
Au mois de septembre 1707, la Nymphe, frégate de vingt canons, commandée par le chevalier de la Fayette, fut envoyée au Mexique annoncer l’arrivée prochaine de l’escadre de du Casse, afin que le vice-roi fît mettre la flotte en état d’appareiller.
En effet, un mois plus tard, le 12 octobre 1707, du Casse partit de Brest avec cinq vaisseaux et une frégate: le Magnanime, sur lequel il avait arboré son pavillon, le Grand monté par M. de Serquigny, l’Elisabeth par M. de Champmeslin, le Glorieux par M. de Poudens, l’Hercule par M. de Chavagnac, la Thétis par M. de Villiers de l’Isle-Adam; il fut joint en mer, à peu de distance du port, par deux frégates, venues du Havre: la Diane commandée par M. de Laiguillette, et l’Atalante par le chevalier de Rancé.