«Il faut avouer, disait-il à ce sujet assez plaisamment, que j’ai deux grands talents aussi utiles l’un que l’autre à la société et à l’état: l’un de bien jouer aux quilles, l’autre de faire bien les vers.»
Il n’avait pas l’extrême sensibilité de Racine pour les critiques, au contraire. Lorsqu’il avait donné au public un nouvel ouvrage et qu’on venait lui dire que les critiques en parlaient fort mal:
—Tant mieux, répondait-il avec beaucoup de sens, les mauvais ouvrages sont ceux dont on ne parle point.
Boursault, dans ses lettres, rapporte cette curieuse conversation sur les bénéfices avec un abbé qui en possédait plusieurs et qui disait gaîment à Boileau:
—Hé! cela est bien bon pour vivre!
—Je n’en doute point, répondit le poète; mais pour mourir, monsieur l’abbé, pour mourir?
M. de Cavoye un des grands seigneurs de la cour, et fort lié avec Racine et Boileau, s’amusait parfois, paraît-il, à jouer des tours aux deux poètes.
«La veille de leur départ pour la première campagne, M. de Cavoye s’avisa, dit-on, de demander à mon père, dit Louis Racine, s’il avait eu l’attention de faire ferrer ses chevaux à forfait. Mon père, qui n’entend rien à cette question, lui en demande l’explication.
—Croyez-vous donc, lui dit monsieur de Cavoye, que quand une armée est en marche, elle trouve partout des maréchaux? Avant que de partir, on fait un forfait avec un maréchal de Paris qui vous garantit que les fers qu’il met aux pieds de votre cheval y resteront six mois.
«Mon père répond (ou plutôt on lui fait répondre):—C’est ce que j’ignorais, Boileau ne m’en a rien dit; mais je n’en suis pas étonné, il ne songe à rien.