Toutefois, on aime à pouvoir le dire pour l’honneur de sa mémoire et en s’appuyant de témoignages positifs, la cause de sa mort ne fut pas celle que, d’après une regrettable tradition, ont rapportée trop de biographes. Voici les renseignements communiqués à ce sujet par un contemporain (Missirini) à Longhena et publiés par celui-ci: «Raffaello Sanzio était d’une nature très distinguée et très délicate; sa vie ne tenait qu’à un fil excessivement tenu quant à ce qui regardait son corps, car il était tout esprit, outre que ses forces s’étaient beaucoup amoindries, et qu’il est extraordinaire qu’elles aient pu le soutenir pendant sa courte vie. Un jour qu’il se trouvait à la Farnésine, il fut mandé par le pape. Craignant d’être en retard, il hâta le pas, et par suite d’une marche rapide, arriva tout en sueur au Vatican. Dans la vaste salle où il s’entretenait avec le pape de la fabrique (construction) de St-Pierre, il ne tarda pas à se refroidir, et pris d’un soudain malaise, dut promptement se retirer. A peine rentré chez lui, il se mit au lit et une fièvre pernicieuse l’emporta en peu de jours.»
Dès les premières atteintes du mal, il ne s’était pas fait illusion sur sa gravité; aussi témoignant hautement de son repentir pour les égarements auxquels nous avons fait allusion, il attendrit ses amis, ses nombreux élèves par la fermeté de sa mort chrétienne, heureux de la bénédiction du pape qui vint le visiter sur son lit de douleur. Par son testament, il exprimait le désir d’être enterré, comme il le fut en effet, dans une des chapelles du Panthéon, et pour l’entretien et le service de la chapelle, il léguait spécialement une somme de 1,000 écus. Après sa mort, son corps fut exposé dans la salle qui lui servait d’atelier et où se voyait son dernier tableau, la Transfiguration.
Ses funérailles furent des plus solennelles comme des plus touchantes. «Sa bienveillance avait désarmé la jalousie, dit Calcagnini (son contemporain); sa nature douce, aimable, sympathique, lui avait gagné tous les cœurs. Aussi sa mort causa-t-elle des regrets unanimes et un deuil public. Le peuple de Rome suivit ses restes comme il devait faire plus tard pour Michel-Ange et la foule, si indifférente d’ordinaire aux évènements de cette nature, paraissait douloureusement émue.» Ses élèves qui savaient ce qu’ils perdaient, ses amis se montraient inconsolables, et l’un d’eux Castiglione écrivait à sa mère: «Je me trouve en bonne santé, mais il me semble que je ne suis pas dans Rome puisque mon pauvre Raphaël n’y est plus. Que son âme bénie soit au sein de Dieu!»
[77] Ch. Clément:—Michel-Ange, Léonard de Vinci et Raphaël.
[78] Vies des Peintres Italiens.
[79] La salle de Constantin, sauf deux figures, ne fut peinte qu’après la mort de Raphaël, mais par ses élèves et d’après ses dessins.