Maintenant si l’on s’étonnait de nous voir insister sur ce point et suspendre encore notre jugement, quand nous serions trop heureux que cette illustre mémoire pût sortir victorieuse du débat, nous répondrions: d’abord il s’agit de la vérité historique, de la tradition que, de nos jours, on est trop porté à mettre, même à la légère, en question. Puis de la vie de Rembrandt, telle que nous l’a transmise cette tradition, résulte une grande leçon, une moralité importante; à savoir que le génie n’est pas la vertu, n’est pas le seul et principal mérite. S’il ne s’appuie que sur sa propre force, s’il ne peut compter, pour lui venir en aide et le protéger contre les écarts de son orgueil ou de ses passions, sur une puissance supérieure, ce grand artiste, ce grand poète, cet homme d’une intelligence sublime, il court grand risque de déchoir un jour ou l’autre jusqu’à ces misérables faiblesses qui suffisent pour faire contre-poids aux plus éclatants triomphes, pour obscurcir la gloire de la plus brillante destinée.

[81] Cette étude fut publiée dans la Revue du Monde Catholique. (Palmé, éditeur.)

IV

Post-Scriptum.—Après la publication de cet article, nous reçûmes de M. Vitet une lettre que le lecteur nous saura gré de ne pas garder pour nous seul. Elle nous a paru intéressante au point de vue de la discussion, en même temps qu’elle fait honneur aux généreux sentiments de celui qui l’écrivait. C’était donc un motif de plus pour nous de la publier, malgré quelques compliments à notre adresse.

Rocquigny, par la Capelle (Aisne) 15 Août.

«Monsieur,

«Si, comme je le suppose, c’est à vous que je dois l’envoi d’un no de la Revue du Monde Catholique, où je trouve des preuves de votre extrême bienveillance, il y aurait de ma part plus que de l’ingratitude à ne pas vous en remercier. Si au contraire l’envoi n’est pas de vous, l’article reste votre ouvrage et mes remerciements subsistent, accompagnés de compliments.

«Je crains que vous n’ayez trop raison contre ce pauvre Rembrandt; mais, dans ces incertitudes j’avoue mon faible pour la maxime: Favores ampliandi: méprise pour méprise, c’est la plus charitable que je préfère accepter.

«Croyez, monsieur, (etc.).

»L. Vitet.»