Auprès du lit des malades, des malades pauvres en particulier, la sœur Rosalie était admirable, et pour combien, grâce à elle, cette grande épreuve de la souffrance devint une consolation et une bénédiction! «Dans ce quartier si mal famé, aucun malade ne repoussait le prêtre envoyé par la sœur Rosalie», non, pas même le moribond tourmenté par le remords, en se rappelant que, pendant la Révolution, il avait trempé ses mains dans le sang et qui, touché par les exhortations et les soins de la sœur Rosalie, accueillait l’homme de Dieu avec bonheur. Un autre jour, un vieux chiffonnier, qu’elle avait secouru dans ses jours de misère, et qui, quoique vivant dans le désordre, se souvenait de la sœur, la fait appeler. Il était malade, ou plutôt mourant.
«Ma mère, lui dit-il, je vais mourir, j’ai quelques mille francs que je veux laisser à ma fille, les voilà, emportez-les pour les lui remettre; car ici ils ne sont pas en sûreté, si je venais surtout à passer l’arme à gauche.
La sœur s’excuse en disant qu’il faudrait plutôt appeler un notaire pour lui confier ce dépôt.
—Non, non, pas de ces messieurs là, je n’ai confiance qu’en vous, prenez, là sous le traversin, les quinze mille fr. en or et billets.
La sœur se résigne à prendre l’argent, et alors, voyant le malade plus tranquille, elle lui parle de son âme et lui propose de voir un prêtre.
—Un prêtre! à quoi bon? reprend le chiffonnier, vous voilà, vous, la femme du bon Dieu, personne ne le représente aussi bien pour traiter ensemble des affaires qui le regardent! Mieux vaut me confesser à vous qu’au curé que je ne connaîtrai pas et que j’ennuierai peut-être.
La sœur ne put s’empêcher de sourire à cette étrange proposition, attestant une si profonde ignorance, et il ne lui fut pas très-facile de persuader au pauvre homme qu’elle n’avait pas qualité pour entendre sa confession non plus que pour l’absoudre. Éclairé à ce sujet, il consentit à recevoir la visite du prêtre amené par elle et mourut réconcilié avec le ciel comme avec sa femme. Il eut ainsi la joie d’embrasser une dernière fois sa fille et de lui remettre lui-même la dot si péniblement amassée.
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II
«En 1844, la sœur Rosalie voulut étendre jusqu’à la naissance les soins qu’elle donnait à sa nombreuse famille; elle fit établir une crèche au-dessus même de l’école, dans la maison de secours.» La crèche devint en quelque sorte sa récréation, là elle passait de douces heures au milieu de ses chers petits protégés qui se disputaient ses caresses, ses sourires et de leurs berceaux tendaient à l’envi les mains vers elle. Un jour dans la crèche, tous les enfants partis, un seul était resté; la mère, dont personne ne savait le nom ni la demeure, ne reparut point; évidemment le pauvre petit était abandonné; on parlait de l’envoyer aux Enfants-Trouvés.