«Un peu de patience, attendons! dit la sœur Rosalie qui s’approche du berceau pour embrasser l’enfant. Celui-ci tout aussitôt enlaçant sa tête de ses petits bras, s’écrie: Maman, maman! et on ne pouvait le faire taire non plus que détacher ses mains.
«Oh! bien, dit alors avec une larme dans les yeux la bonne sœur, il m’appelle maman; je ne puis plus l’abandonner. Il n’ira pas aux Enfants-Trouvés.»
Et l’enfant en effet, élevé sous ses yeux, trouva dans la sœur une mère d’adoption qui sut remplacer admirablement la mère selon la nature.
A la crèche, sans doute à cette occasion, la sœur Rosalie obtint qu’on ajoutât un asile qui devint l’Asile des Petits Orphelins, transféré par la suite à Menil-Montant où il est encore. La visite que nous avons faite naguère à cet établissement, visite racontée dans un volume des Annales du Bien, est un de nos meilleurs souvenirs.
Le départ des orphelins, laissant vacante la maison de la rue Pascal, la bonne supérieure en profita tout aussitôt pour y installer de vieux ménages d’ouvriers auxquels l’âge ôtait la ressource du travail. «C’est à cette heureuse initiative, dit le baron R.... que les vieillards du 12e arrondissement doivent, depuis 1856, l’établissement, justement nommé plus tard, Asile Sainte-Rosalie, où ils sont à perpétuité[85].»
Une autre création de la bonne sœur, qui avait précédé celle-ci et que l’expérience a fait de plus en plus apprécier, fut l’œuvre du Patronage des jeunes ouvrières de l’association de Notre-Dame-du-Bon-Conseil ayant pour but de protéger les jeunes filles contre les dangers de l’apprentissage et les influences délétères de l’atelier.
Est-il besoin de dire, car qui ne le sait? ce que fut la bonne sœur, cette Providence des infortunés, aux jours des grandes calamités, quand ces fléaux terribles, la guerre civile ou l’épidémie, le formidable choléra de 1832 en particulier, s’abattaient sur la capitale. M. de Melun, dans des pages émues, nous montre la sœur Rosalie prompte à courir là où le péril était le plus menaçant, toujours calme, forte, héroïque et par sa seule présence rassurant les plus timides. Que d’épisodes émouvants racontés à ce sujet et pour lesquels nous renvoyons le lecteur à l’intéressant ouvrage de M. de Melun! Une ou deux citations seulement.
Un jour, le docteur Royer-Collard accompagnait un cholérique que l’on conduisait sur un brancard à la Pitié. Il est reconnu dans la rue: aussitôt, on crie: «Au meurtrier! à l’empoisonneur! à l’empoisonneur! car le peuple alors croyait au poison plutôt qu’au fléau.» En vain le docteur soulève le drap qui cachait le visage du malade, et s’efforce de prouver qu’en l’accompagnant le médecin cherche à le sauver et non à le faire périr. La vue du moribond ajoute à l’exaspération, les cris et les menaces redoublent; un ouvrier s’élance, un outil tranchant à la main, lorsqu’à bout d’arguments, M. Royer-Collard s’écrie: «Je suis un ami de la sœur Rosalie.
—C’est différent! répondent aussitôt mille voix: la foule s’écarte, se découvre et le laisse passer.»
Un officier de la garde mobile, en juin 1848, poursuivi par des insurgés, avait pu se réfugier dans la cour de la maison de la rue de l’Épée de Bois. Mais les insurgés l’ont suivi et réclament leur prisonnier que les sœurs, la supérieure en tête, couvrent de leurs corps.