[88] Biographie Universelle.

[89] Cuvier.—Eloges et Notices historiques, 3 vol. in 8o.


OLIVIER DE SERRES


I

Un contemporain et ami d’Olivier de Serres, dans une Épître remarquable à celui-ci, fait de l’agriculture un éloge qui n’est que l’expression de la vérité, et auquel on est heureux de s’associer en reproduisant tout au long le passage, non pas pourtant dans le texte original, car ce petit poème est en latin. Aussi, nous croyons préférable d’emprunter l’élégante traduction qu’en a donnée François de Neufchâteau à la suite de son Eloge d’Olivier de Serres, prononcé à Paris le 18 septembre 1803, et qui se lit en tête de la nouvelle édition du Théâtre d’Agriculture[90]:

Ton art est le premier dont notre premier père
Reçut la loi, dirai-je, ou fâcheuse ou prospère?
Nul autre n’est plus noble et plus riche et plus doux;
Il est de tous les temps, il plaît à tous les goûts.
Le père de famille, au sein de son domaine,
Goûte les biens permis à la nature humaine;
Ses moments sont remplis, ses guérêts cultivés,
Dans l’amour du travail ses enfants élevés;
Sous les rapports d’époux, et de père et de maître,
Il est heureux autant qu’un mortel le peut être,
Du théâtre des champs tel est le digne acteur.
Non, mon cher Olivier! non, l’on ne peut jamais
Ni sur des monceaux d’or, ni parmi les palais,
Ni dans l’éclat des rangs que le luxe accompagne,
Racheter les douceurs qu’on trouve à la campagne.

Malgré quelques passages faibles, voilà en somme un heureux commentaire du fameux: O fortunatos agricolas, de Virgile. Souhaitons que ces vérités soient de plus en plus comprises aujourd’hui, que tous les hommes d’État comme les moindres bourgeois estiment à sa valeur cet art, honorable et utile entre tous, qui inspira si merveilleusement au siècle d’Auguste le génie du grand poète, et auquel Olivier de Serres, plus pratique sans doute, avait élevé ce précieux monument[91], fruit de sa longue expérience et d’une vie toute entière occupée à ce noble travail de la terre: «Mon inclination et l’état de mes affaires, dit-il dans la préface, m’ont retenu aux champs en ma maison, et fait passer une partie de mes meilleurs ans, durant les guerres civiles de ce royaume, cultivant ma terre par mes serviteurs, comme le temps l’a pu porter. En quoi Dieu m’a tellement béni par sa sainte grâce, que m’ayant conservé parmi tant de calamités, dont j’ai senti ma bonne part, je me suis tellement comporté parmi les diverses humeurs de ma patrie, que ma maison, ayant été plus logis de paix que de guerre, quand les occasions s’en sont présentées, j’ai rapporté ce témoignage de mes voisins, qu’en me conservant avec eux, je me suis principalement adonné chez moi à faire mon ménage.»

C’est ce qui explique que cette vie, si utilement employée d’ailleurs, ne renferme que peu ou point d’évènements, d’accidents notables, ou que du moins les biographes aient crus suffisamment importants pour nous les transmettre. François de Neufchâteau, dans plusieurs endroits de son Eloge, en fait l’aveu non sans regret: «Si vous me demandez, non pas des phrases oratoires, non pas des épisodes étrangers, mais une Notice historique et des faits qui peignent la vie du respectable auteur du Théâtre d’Agriculture, je ne puis vous dissimuler que cette tâche est à peu près impossible à remplir, et qu’un talent supérieur à mes faibles efforts ne pourrait suppléer ici au défaut absolu des matériaux les plus simples et des renseignements même les plus vulgaires sur le sujet qui nous occupe.»