[22] Bonaparte.—Nouvelles méditations.
[23] Réponse de M. le baron Cuvier au discours de Lamartine, lors de sa réception à l’Académie française.
LARREY
I
«Les hommes, animaux raisonnables, dit M. Loménie, après avoir cité la fameuse page de La Bruyère sur la guerre[24], pour se distinguer de ceux qui ne se servent que de leurs dents et leurs ongles, ont imaginé d’abord les piques, les dards, les sabres, puis les fusils, les canons, les bombes, les obus, tous moyens de s’exterminer plus sûrement, plus promptement et avec plus de fracas. Il ne s’agit pas pour eux, quand ils se battent, de s’arracher les yeux ou de s’égratigner le visage, mais bien de se perforer réciproquement d’outre en outre, de se couper par morceaux, de se briser les membres, de se broyer la poitrine ou la tête; et tandis qu’ils se massacrent ainsi par milliers dans une plaine au son des trompettes, au roulement des tambours, au rugissement des canons, sous une pluie de fer et de feu, il y en a parmi eux qui courent dans les rangs au plus fort du carnage, sans autre arme que des bistouris, des médicaments et de la charpie, ramassant ceux qui tombent, les soulageant, les pansant, les opérant sur le lieu même, au milieu des balles et des boulets; puis les conduisant, couchés dans des voitures bien suspendues, derrière la ligne de bataille, pour les transférer ensuite dans l’hôpital le plus voisin où ils continuent leurs soins jusqu’à la guérison.»
Ces hommes, ce sont les chirurgiens, héros modestes, d’autant plus dignes d’admiration et d’estime, que trop souvent, après la victoire, on oublie leur dévouement et on se montre avare pour eux des récompenses (compris la gloire), prodiguées si largement aux tueurs, comme les qualifie un peu brutalement M. Loménie. Pourtant, parmi les premiers, les sauveurs du soldat, il s’en trouve parfois qui ont fait preuve d’un dévouement si héroïque, au milieu des circonstances les plus terribles, qui ont rendu à l’humanité de tels services que la gloire, et la plus pure, la plus enviable, fait rayonner leur nom de son auréole. Ce nom se trouve un jour sur toutes les lèvres, parce qu’il s’est gravé par la reconnaissance, en lettres de feu, dans des milliers de cœurs. Au premier rang de ces bienfaiteurs de l’humanité, si justement illustres, il faut placer Larrey, dont l’Empereur, en lui léguant par son testament une somme considérable (100,000 francs), disait: «Larrey, l’homme le plus activement vertueux que j’aie rencontré; il a laissé dans mon esprit l’idée du véritable homme de bien.»
Dans les Mémoires dictés à Sainte-Hélène, on lit également: «Si jamais l’armée élève un monument à la reconnaissance, c’est à Larrey qu’elle doit le consacrer.»
Cette statue, conformément au vœu de l’Empereur, s’élève maintenant dans la cour du Val-de-Grâce; une autre orne la salle des séances de l’Académie de médecine, dont Larrey fut membre en remplacement de Pelletan. Venons aux détails biographiques.