»Moncey,
»duc de Conégliano.»

«Mais ce refus, dit M. Michaud, junior[43], ne put empêcher l’issue d’un procès que voulait, qu’exigeait une puissance supérieure à celle de Louis XVIII. Le duc de Conégliano fut suspendu de ses fonctions de maréchal de France, et il expia pendant plusieurs mois à la prison de Ham sa noble résistance. Ce qui prouve que la volonté royale n’avait eu aucune part à la condamnation du malheureux Ney, c’est qu’aussitôt que le mouvement de réaction et d’orage fut passé, le roi se hâta de rendre toute sa faveur à Moncey, et qu’en 1823, il lui confia l’un des postes les plus importants de la guerre d’Espagne.» Dans cette campagne, où il eut à lutter contre Espoz et Mina, Moncey prouva que le doyen des maréchaux français n’avait rien perdu de sa vigueur.

«Il eut cependant de grandes difficultés à vaincre, dit un écrivain militaire. Ce n’est pas ici que nous rappellerons les embarras de toutes sortes que l’on suscita au maréchal Moncey, et qui auraient porté le dégoût dans une âme moins bien trempée que la sienne. Ce n’est pas ici non plus que nous redirons combien, pendant la dernière campagne d’Espagne, Moncey fut digne de sa réputation impériale. A cheval vingt heures par jour, il fut à soixante-dix ans ce qu’il avait été toute sa vie, actif, intrépide, juste, respecté des ennemis, adoré de ses soldats.»

Aussi le poète des Méditations put dire dans le Chant du Sacre:

C’est Moncey! Des combats le bruit l’a rajeuni.
Malgré ses traits flétris sous les glaces de l’âge,
Les camps l’ont reconnu... mais c’est à son courage.

Ce glorieux passé, auquel Lamartine fait allusion, nous aurions dû, suivant les errements habituels de la biographie, le raconter d’abord, mais entraîné par le sujet nous sommes entré tout d’abord de plain pied dans le récit, et il est bien tard pour revenir en arrière. Aussi nous bornons-nous à résumer, en quelques lignes, la première partie de la carrière militaire du maréchal.

Né à Besançon, le 31 juillet 1754, Moncey (Bon-Adrien Jannot, de), était fils d’un avocat au parlement de la capitale de la Franche-Comté. Entraîné par son penchant vers l’état militaire, dès l’âge de quinze ans, s’échappant du collége, il s’engageait dans le régiment de Conti-Infanterie. Racheté six mois après, un peu contre son gré, par son père qui désirait qu’il suivît une autre carrière, Moncey s’engagea de nouveau, au mois de septembre 1769, comme grenadier dans le régiment de Champagne-Infanterie, et fit, en cette qualité, en 1773, la campagne des côtes de Bretagne. Racheté de nouveau, il essaya pour complaire à sa famille de l’étude du droit, mais avec peu de succès, et, libre enfin de suivre sa vocation, il entra dans la gendarmerie de Lunéville, corps d’élite, où les simples soldats, après quatre années de service, avaient rang de sous-lieutenant. Il passa avec ce grade dans les volontaires de Nassau-Liégen. La Révolution le trouva lieutenant et le fit capitaine (1791).

Dès lors, son avancement fut rapide; nous le voyons, au mois d’août 1794, général en chef de l’armée chargée d’opérer contre l’Espagne. Après avoir inauguré son commandement par les victoires du Luxembourg et de Villa-Nova, il conquit toute la Navarre, à l’exception de Pampelune. Ses succès, plus décisifs encore l’année suivante, à Castellane, Tolosa, Villa-Real, etc., amenèrent la signature de la trève de Saint-Sébastien, qui fut bientôt suivie du traité de Bâle. N’oublions pas ce détail: pendant qu’il commandait en chef l’armée des Pyrénées-Orientales, Moncey eut soin de faire abattre le monument de Roncevaux, pyramide élevée en mémoire de la défaite des preux de Charlemagne. Un décret de la Convention déclara que le général avait bien mérité de la patrie.

A propos de cette campagne d’Espagne, si vigoureusement menée, le représentant Garat écrivait: «Les soldats de Moncey ne sont pas des hommes, mais des démons ou des dieux.»

Nommé au commandement de l’armée des côtes de Brest, Moncey prit, au mois de septembre 1796, le commandement de la 11e division militaire à Bayonne, qu’il quitta, après le 18 brumaire, pour la division de Lyon. Il eut une part brillante à la campagne d’Italie, et vers 1801, appelé à Paris, il fut nommé inspecteur de la gendarmerie. Le voyage qu’il fit en 1803, dans les Pays-Bas, avec le premier Consul, acheva de lui gagner la confiance de celui-ci qui, en 1804, le nomma grand-cordon de la Légion d’Honneur et maréchal de France; en 1808, duc de Conégliano. Dans cette même année et dans la suivante, Moncey servit en Espagne et se montra digne de lui-même, encore qu’il eût échoué devant Sarragosse, où commandait l’héroïque Palafox.