Quelques anecdotes encore: elles achèveront de mettre en relief cet admirable caractère.
Lors de la paix de Saint-Sébastien, le gouvernement espagnol, craignant que l’arsenal de Bilbao, riche en munitions de toute espèce, ne fût évacué sur la France, envoya deux membres du conseil de Castille au général Moncey, afin d’obtenir de lui que l’arsenal de Bilbao ne restât pas compris dans le traité. Les députés ne lésinèrent pas, et ils offrirent du premier coup au général Moncey, pour que la clause en question fût rayée du traité, une somme ronde de un million cinq cent mille francs! Pouvaient-ils douter de la réussite sachant que Moncey, comme nos autres généraux à cette époque, touchait pour toute solde 8 francs par mois en numéraire? Pour toute réponse cependant, en présence même des députés espagnols, Moncey donna l’ordre d’envoyer en France, où l’on manquait de tout, le matériel immense de l’arsenal espagnol.
Lorsque Moncey commandait les troupes françaises dans la république Cisalpine, la municipalité de Milan lui fit offrir, à titre de représentation, une forte indemnité de guerre. Il s’agissait de 400 mille fr. par mois:
«Je vous remercie, messieurs, mais ne puis rien accepter pour moi-même, répondit Moncey; mais puisque vous comprenez que le soldat souffre, vous donnerez à chaque fusilier quatre sous par jour; les généraux seront satisfaits.»
C’est bien là le langage de celui qui disait: «L’officier doit se lever le premier et se coucher le dernier; il est le protecteur du soldat.»
Pendant le consulat, Moncey eut la plus grande part à l’organisation de la gendarmerie, destinée à remplacer l’ancienne maréchaussée, et dont il fut tout naturellement nommé commandant en chef: «Un jour, dit le capitaine Ambert, Moncey faisait observer à l’Empereur que le poste de chef de la force publique à l’intérieur était d’une telle importance, qu’il y faudrait placer un frère du monarque.
«Ce poste est tellement important, son influence est si grande, disait Moncey, qu’il faut, pour l’occuper, plus que des talents de guerre, plus que des dignités sociales.
—C’est vrai, dit l’Empereur, on ne confie pas une telle armée à tous les bras; mais Moncey est trop fort et trop sûr, pour que je ne la lui abandonne pas toujours.»
Condisciple de Pichegru, Moncey resta lié avec ce général; aussi lors de l’arrestation de Pichegru, des lettres de Moncey furent trouvées dans ses papiers, lettres d’ailleurs nullement compromettantes. Pourtant «quelqu’un crut pouvoir hasarder de perfides insinuations contre les généraux dont les lettres se trouvaient dans le portefeuille de Pichegru.» L’attaque dans sa forme semblait surtout dirigée contre Moncey. Napoléon répondit d’un ton calme mais sévère à l’accusateur:
«Vous ne vous connaissez pas en hommes: Moncey est honnête jusque dans ses pensées les plus intimes.»