PALISSY (BERNARD DE)


I

La date précise de la naissance de Bernard Palissy est incertaine; généralement on incline à la placer vers 1510. On sait qu’il était du diocèse d’Agen en Aquitaine; mais sans aucune certitude sur le lieu où il vit le jour.

«Homme du peuple, admirablement doué, dit un savant biographe, l’éducation élémentaire qu’il reçut ne gêna en rien le goût qui pouvait le porter vers les arts ni les instincts qui tournaient son esprit vers la contemplation des merveilles de la nature. Nous le voyons dans sa jeunesse, menant la vie nomade des artistes de ce temps, parcourir les différentes provinces de France, les Pays-Bas, le Luxembourg, la Basse-Allemagne, et y exercer la géométrie, la pourtraiture qui comprenait aussi l’art de modeler et la vitrerie ou peinture sur verre. Partout aussi il étudiait la configuration des pays, visitait les mines et les grottes, explorait le sommet des montagnes, le gisement des vallées. Il recueillait ainsi des trésors d’observations et de remarques: érudition pratique dont il a rempli ses livres, qu’il applique à tout et qui contraste heureusement avec celle qu’on trouve ordinairement dans les livres de science[52]

Après avoir voyagé en France, comme nous l’avons dit, notamment à Tarbes, où il resta deux ans, nous trouvons, vers l’an 1542, Palissy marié «chargé de femme et d’enfants, établi à Saintes, et y travaillant tour à tour de ses trois états suivant l’occasion lorsqu’un accident fortuit lui vint faire entreprendre la fabrication du genre de poterie dont il est resté l’inventeur admirable.»

Il nous a fait lui-même le dramatique récit de cet épisode si important de sa vie dans le livre curieux intitulé: Discours admirables de la nature des Eaux et Fontaines[53]. Pouvons-nous mieux faire que de laisser la parole à un pareil témoin oculaire:

«Or, dit-il, afin de mieux te faire entendre ces choses, je te ferai un discours pris dès le commencement que je me mis en devoir de chercher le dit art, et par là tu orras les calamités que j’ai endurées au-paravant que de parvenir à mon dessein.... Tu verras que l’on ne peut poursuivre ni mettre en exécution aucune chose, pour la rendre en beauté et perfection, que ce ne soit avec grand et extrême labeur, lequel n’est jamais seul ains (mais) est toujours accompagné d’un millier d’angoisses.»

Voilà des paroles que le jeune artiste ne saurait trop méditer et qu’il pourrait écrire en tête de son Album; continuons: