[94] Maucroy était chanoine de Reims et lié avec La Fontaine depuis l'année 1645.

[95] D'Olivet:—Histoire de l'Académie française.


FROISSARD OU FROISSART

Quoique Froissard nous ait souvent parlé de lui dans ses Chroniques comme dans ses Poésies, somme toute il nous en apprend peu de chose, et ce qu'il nous en apprend mieux eût valu le plus souvent nous le laisser ignorer; car ces détails ont trait à ses goûts qui ne prouvent guère beaucoup de sérieux dans l'esprit et cette gravité de mœurs qu'exigeait son caractère, puisque Froissart était prêtre. Mais tout probablement ces confidences concernent l'époque où, libre encore de lui-même, il n'était point entré dans les ordres:

En mon jouvent (jeunesse), tout tel estoie
Que trop volontiers m'esbatoie.
Et tel que fui encor le sui....
Très que n'avoie que douze ans
Estoie fortement goulousans (désireux)
De vésir (voir) danses et carolles,
D'oïr ménestrels et parolles,
Qui s'appartiennent à déduit,
Et de ma nature introduit
D'aimer par amour tous ceauls (ceux)
Qui aiment et chiens et oiseauls;
.........
Et si destoupe mes oreilles,
Quand j'oï vin verser de bouteilles,
Car au boire prens grand plaisir.
Aussi fais en beaux draps vestir,
En viande fresche et nouvelle.
Violettes en leurs saisons
Et roses blanches et vermeilles
Voi volontiers, car c'est raison,»

«Cette confession est explicite», dit avec raison un biographe qui la donne un peu plus au long et ne s'est pas fait scrupule, comme nous, de reproduire tel ou tel passage qui trahit chez le poète des goûts plus mondains encore. «On voit que la chasse, la musique, les joyeuses assemblées, les danses, la parure, la bonne chère, le vin et les dames tinrent de bonne heure une grande place dans la vie de Froissart. Mais il trouva aussi du temps pour l'étude.»

À bien dire cette vie se passa surtout à voyager, non pour le seul plaisir de voir du pays, mais, comme il nous l'apprend, dans un but plus sérieux:

«Je cherchai la plus grande partie de la chrétienté, et partout où je venais, je faisais enquête aux anciens chevaliers et écuyers qui avaient été en faits d'armes et qui proprement en savaient parler, et aussi à aucuns herauts de crédence, pour vérifier et justifier toutes matières. Ainsi ai-je rassemblé la haute et noble histoire et matière, et le gentil comte de Blois dessus nommé y a rendu grande peine; et tant comme je vivrai, par la grâce de Dieu, je la continuerai; car comme plus j'y suis et plus y laboure, et plus me plaît; car ainsi comme le gentil chevalier et écuyer qui aime les armes, et en persévérant et en continuant il s'y nourrit parfait, ainsi en labourant et ouvrant sur cette matière je m'habilite et délecte.»

Et cette vie nomade, cette éternelle chevauchée à laquelle une curiosité toujours en éveil donnait tant d'attrait, commença pour lui de bonne heure.