«On m'enseigne à être bon.»
«À ce mot si touchant, ces hommes de fer sentirent leurs entrailles s'amollir. On fit encore quelques questions à l'enfant qui y répondit aussi bien: la mère fut renvoyée chez elle et l'affaire assoupie.»
Le biographe, qui nous a transmis ce trait touchant, apprécie très-judicieusement l'omission inconcevable que Boileau a faite du Fabuliste dans l'Art poétique: «Il ne manque pas à La Fontaine de n'avoir pas été apprécié par Boileau; mais il manque à Boileau de n'avoir pas apprécié La Fontaine.»
La Fontaine pour nous est surtout dans ses Fables; c'est là qu'il se montre génie original, inimitable, en tant qu'écrivain, si parfois, comme moraliste, il laisse à désirer. Aussi nous comprenons que des esprits judicieux aient paru douter que ses Fables, du moins un certain nombre d'entre elles, puissent être mises sans inconvénient aux mains de la jeunesse. Peut-être même ses chefs-d'œuvre irréprochables de tout point et qui sont pour nous des joyaux sans prix, des diamants de la plus belle eau: Le Savetier et le Financier, le Lion et le Moucheron, le Meunier, son Fils et l'Âne, la Laitière et le Pot au lait, les Animaux malades de la Peste, et vingt autres gagneraient à n'être point déflorés en quelque sorte à l'avance parce qu'on les fait apprendre par cœur à l'écolier avant l'âge où, son goût étant formé, il pourrait apprécier le bon sens exquis pour le fond et cet art merveilleux de la forme qui se dérobe sous une si adorable simplicité.
[88] Épître à Madame de la Sablière.
[89] Psyché.
[90] La Fontaine avait alors 26 ans.
[91] Mélanges.
[92] La première édition, comprenant les six premiers livres, parut en un volume in 4º, chez Claude-Barbin.—1668.
[93] Son fils fut élevé par le président Hénault et La Fontaine paraît s'en être assez peu occupé.