Saint-Victor, après d'autres considérations qu'il est inutile de reproduire, arrive à cette conclusion: «Colbert et Louvois furent de grands ministres si ce nom peut être donné à d'habiles administrateurs, à des hommes actifs, vigilants, rompus à tous les détails du service dont ils avaient acquis une longue expérience dans les emplois subalternes, capables en même temps d'en saisir l'ensemble avec une grande perspicacité et d'y apporter de nouveaux perfectionnements. Mais si, pour mériter une si haute renommée, ce n'est point assez de se courber vers ces soins matériels et qu'il faille comprendre que les sociétés se composent d'hommes et non de choses, que leur véritable prospérité est dans l'ordre que l'on sait établir au milieu des intelligences; enfin, si gouverner est autre chose qu'administrer, nous ne craignons pas de le dire, jamais ministres ne se montrèrent plus étrangers que ces deux personnages si étrangement célèbres à la science du gouvernement; et les jugeant par des faits irrécusables, il nous sera facile de prouver que tous les deux furent funestes à la France et lui firent un mal qui n'a point été réparé.»

Encore que ce langage, qui contredit bien des opinions reçues, soit de nature à étonner, il mérite qu'on le prenne en sérieuse considération, car l'écrivain ne se prononce pas à la légère, mais après mûre réflexion et examen consciencieux des faits. On sent que la vérité lui coûte à dire, qu'il blâme à regret, par la force de la conviction et certainement eût préféré, à l'exemple de tant d'autres, n'avoir qu'à applaudir. Amicus Plato sed amica veritas.

[51] De l'Homme: Chap. XXI des Caractères.

[52] Ses laquais avaient chargé, l'épée à la main, une escouade de Corses qui protégeait les exécutions de la justice.

[53]

Et ce visage enfin plus pâle qu'un rentier
À l'aspect de l'arrêt qui retranche un quartier!

a dit Boileau qu'on peut s'étonner de voir approuver pareille mesure.


COMBES (MICHEL)

Né à Feurs (Loire), le 20 octobre 1787, Combes entra au service comme volontaire en 1803; après avoir servi avec distinction sous l'Empire, il se trouvait chef de bataillon lors du désastre de Waterloo. Resté l'un des derniers sur le champ de bataille, et désespéré de la défaite, il quitta la France, où il ne revint qu'après les évènements de 1830. Rentré dans l'armée comme lieutenant-colonel du 24e de ligne, il fut nommé colonel du 66e en décembre 1831, et ce fut en cette qualité qu'il s'empara de la forteresse d'Ancône. Désavoué, et pas à tort, par son gouvernement, Combes se vit retirer son commandement; mais l'année suivante, remis en activité, il fut fait colonel de la légion étrangère, et quelques mois après, du 47e de ligne.