Maintenant on ne voit plus là de joyeux ébats d'étudiants, mais tout au contraire les corbillards se rendant au cimetière du même nom.
Morgue (la): Autrefois placée sur le quai dit du Marché-Neuf, la Morgue se cache en quelque sorte maintenant derrière le square Notre-Dame, et, ce dont il faut se féliciter, les curieux, loin de la trouver sur leur passage, doivent l'aller chercher. «S'il faut en croire Vaugelas, dit M. Lazare, Morgue serait un vieux mot français qui signifie visage. À l'entrée des prisons, on trouvait autrefois un endroit portant le nom de Morgue où l'on retenait quelques instants les prisonniers au moment où on les écrouait pour que les gardiens pussent bien voir leur morgue ou visage afin de les reconnaître en cas d'évasion. Plus tard, on exposa dans les morgues les cadavres que la Justice voulait faire reconnaître.» L'exposition s'étendit ensuite à toutes les victimes (n'importe la cause de l'accident) dont les corps étaient relevés sur la voie publique ou retirés de la rivière. Les filets de Saint-Cloud à ce sujet sont célèbres. Un poète a dit:
Et la Morgue au teint vert qui jette chaque nuit
Son hameçon dans la rivière.
La Mothe-Picquet (rue de): La Mothe-Picquet, marin célèbre pendant la guerre d'Amérique, mourut lieutenant-général à Brest en 1791. Il était né en 1720.
Mouffetard (rue): Altération du mot Montcétard, nom qu'on donnait à cette voie dans le XIIIe siècle.
Moulins (rue des): Elle doit son nom à deux Moulins situés sur la butte Saint-Roch et qui furent détruits lorsqu'après avoir aplani la butte, on couvrit de maisons l'espace qu'elle occupait.
Mozart (rue): Un critique distingué de notre temps a caractérisé admirablement en peu de lignes, le talent de ce maître illustre: «Mozart est aussi grand musicien que poète sublime. Il chante la grâce et les sentiments exquis des natures supérieures, les douleurs mystérieuses de l'âme qui entrevoit des horizons infinis, les tristesses et les voluptés d'une civilisation avancée. Il a l'élégance, la profondeur et la personnalité des patriciens. Son génie dédaigne les appétits grossiers de la foule; jamais il n'emploie de formules banales pour capter l'approbation du vulgaire. Il dit ce qu'il veut dire sans se préoccuper du public qui l'écoute, et ses cadences s'arrêtent où s'arrête sa pensée. Il est le musicien des nuances, mais des nuances qui réfléchissent la délicatesse de l'âme, et non pas de celles qui expriment les raffinements de l'esprit. Il a la piété d'un enfant, la tendresse et la pudeur d'une femme; et son langage passionné, mais chaste et religieux, ne s'adresse qu'à ces natures d'élite qui sont toujours en minorité sur la terre..... «Ah! disait-il un jour à un protestant de ses amis, vous avez votre religion dans la tête et non dans le cœur; vous ne sentez pas comme nous ce que veulent dire ces mots: «Agnus Dei qui tollis peccata mundi, dona nobis pacem»; mais lorsqu'on a été comme moi introduit dès sa plus tendre enfance dans le sanctuaire, que, l'âme agitée de vagues désirs, on a assisté au service divin où la musique traduisait ces saintes paroles: Benedictus qui venit in nomine Domini! oh! alors, c'est bien différent. Plus tard, lorsqu'on s'agite dans le vide d'une existence vulgaire, ces impressions premières, restées ineffaçables au fond du cœur, se ravivent et montent à l'esprit comme un soupir qui se dilate.»
«On voit que Mozart avait le secret de son génie[57].»
Murillo (rue de): Bartholomé-Esteban Murillo (1608-1682), l'un des maîtres les plus célèbres de l'École Espagnole. Son talent sans doute est grand, mais ne saurait justifier l'engouement prodigieux qui, depuis un temps, donne à ses tableaux une plus value exagérée. Peintre naturaliste, admirable dans le Petit Mendiant par exemple, Murillo, malgré la facilité de sa touche et la magie du coloris, nous paraît, dans les sujets élevés, chrétiens, surtout, le plus souvent au-dessous de sa tâche. Ses types manquent de grandeur bien loin de réaliser notre idéal, témoin cette Immaculée Conception du Louvre, acquise à la folle enchère (oh! vraiment folle!) et payée dix fois sa valeur. Que de chefs-d'œuvre de maîtres divers et qui nous manquent on aurait eus pour les six cents et quelques mille francs si légèrement donnés!
Nous avons vu de Murillo, l'élève de Velasquez, des portraits splendides, le sien en particulier.