Les héroïques soldats de l'ordre pleuraient attendris en recevant ces orphelins, ces aveugles, ces malades et ces religieuses dévouées, qui venaient chercher un refuge dans leurs rangs libérateurs.
BASTILLE (PLACE DE LA)
Ce nom lui vient de la forteresse qui s'y élevait et dont Hugues Aubriot, prévôt de Paris, posa la première pierre, le 22 avril 1370. Elle servit pendant plusieurs siècles de prison d'État où furent enfermés beaucoup de personnages considérables et aussi nombre d'inconnus, des écrivains célèbres comme des gazetiers anonymes.
Peu d'années avant la Révolution, l'avocat Linguet fut envoyé à la Bastille où, pour occuper ses loisirs, il se mit à rédiger ses Mémoires. Un matin qu'il était dans le feu de la composition, la porte de la chambre s'ouvre et donne passage à un personnage dont la figure longue, maigre, pâle, n'était rien moins que gaie avec un costume à l'avenant.
—Qui êtes-vous? Que voulez-vous? Pourquoi venir me déranger? demande l'avocat brusquement et avec un accent marqué de mauvaise humeur.
—Pardon, monsieur, répond le nouveau venu du ton le plus poli, je regrette de venir si mal à propos et d'interrompre votre travail. Je ne voulais que vous être agréable et utile en me mettant à votre disposition; je suis le barbier de la Bastille.
—Alors, c'est différent, reprend Linguet d'un air moins rogue, mon cher, puisque vous êtes le barbier de la Bastille, faites-moi le plaisir de la raser.
Lors de la démolition de la forteresse, qui eut lieu à la suite du 14 juillet 1789, la plus grande partie des matériaux servit à la construction du pont de la Concorde, et ne pouvait recevoir un plus utile emploi.
On a vu, pendant de longues années, au sud-est de la place, le modèle en plâtre d'un éléphant colossal, destiné à orner la fontaine projetée pour la place et qui devait être coulé en bronze avec les canons pris dans la campagne de Friedland. Ce monument n'a point été exécuté, et l'on a fini par démolir l'éléphant où toute une colonie de rats avait élu domicile. La place a pour seul ornement aujourd'hui la colonne en bronze, érigée en souvenir des victimes de juillet 1830. Une statue en bronze doré, de feu Dumont, surmonte cette colonne; elle représente le Génie de la Liberté tenant un flambeau d'une main, des fers brisés de l'autre et agitant ses ailes.