«Sainte Geneviève, quoique très âgée et usée d'austérités, vécut encore plusieurs années pendant lesquelles elle eut la joie de voir le grand Clovis, fils de Chilpéric, renoncer au culte des idoles pour embrasser la religion chrétienne.... Enfin, comblée d'années et de mérites, elle mourut à Paris le 3 janvier de l'an 509.» Clovis, qui avait eu toujours pour la Sainte une profonde vénération, voulut qu'une grande église ou basilique s'élevât sur le lieu même de sa sépulture où déjà les fidèles s'étaient empressés d'ériger un petit oratoire en bois. Cette église fut dédiée sous l'invocation des apôtres St-Pierre et St-Paul.
L'église de Sainte-Geneviève, qui la remplace, commencée en 1757, d'après les dessins de Soufflot, ne fut terminée que vers 1789 ou 1790, et, l'année suivante, un décret de la Convention décida qu'elle servirait, sous le nom de Panthéon, à la sépulture des grands hommes. En 1806, un décret de Napoléon Ier rendit l'édifice au culte catholique, et pendant la Restauration, des travaux considérables furent exécutés à l'intérieur pour la décoration de l'église qui n'en fut pas moins, après les évènements de 1830, de nouveau transformée en Panthéon. Ce scandale heureusement a cessé.
Dans la basilique, au-dessus d'un autel à droite, se voit la châsse renfermant les reliques de la Sainte. «Cette châsse, dit le chanoine Godescard, se portait en procession dans les calamités publiques, et on a plusieurs fois éprouvé les effets sensibles de la puissante protection de la servante de Dieu auprès du Seigneur. On lui dut surtout la cessation de la cruelle maladie, connue sous le nom de Mal des Ardents, parce qu'elle consumait ceux qui en étaient attaqués par un feu secret et meurtrier.»
Le village de Nanterre où la Sainte naquit, vers l'an 422, reste le lieu d'un pèlerinage célèbre qui, chaque année, à l'époque de la fête, attire un grand concours de fidèles comme plus tard de curieux pour le couronnement de la Rosière. Près de l'église on montre encore le puits témoin d'un miracle que racontent tous les hagiographes. Geneviève qui, âgée de sept ans à peine, déclarait à saint Germain ne vouloir pas d'autre époux que Jésus-Christ, ne s'estimait jamais plus heureuse que quand elle pouvait aller à l'église. Sa mère un jour refusant de l'y conduire, elle ne put retenir ses larmes, et la supplia de la façon la plus pressante de ne pas lui refuser cette grâce. La mère, obstinée à dire non, voyant que l'enfant insistait, perdit patience, et emportée par la colère, elle donna à Geneviève un soufflet. La punition fut prompte, car à peine le coup était porté, que Géronce sentit un voile s'étendre sur ses yeux; la clarté du jour devint pour elle comme les plus profondes ténèbres de la nuit; et maintenant c'était elle qui devait emprunter la main de l'enfant pour la conduire non pas seulement à l'église ou au village, mais même au jardin. «Ce ne fut que près de deux ans après, dit Godescard, qu'elle recouvra la vue en se frottant les yeux avec de l'eau que sa fille avait tirée du puits et sur laquelle elle avait fait le signe de la croix[76]».
[ [76] Vies des Saints, T. Ier.
ST-GERMAIN-DES-PRÉS (ÉGLISE DE)
Cette église est sans contredit une des plus anciennes de Paris, puisqu'elle fut construite par le roi Childebert au retour de son expédition en Espagne. Quoique pas très-heureux dans cette campagne, le roi des Francs en avait rapporté de grands trésors enlevés aux Visigoths de l'Ebre, et, ce qu'il regardait comme plus précieux, la tunique de saint Vincent, à lui donnée par les habitants de Sarragosse. L'église, destinée à recevoir la sainte relique, fut élevée, vers la fin de son règne, par Childebert, et consacrée sous la vocable du saint. «L'édifice était magnifique, dit un docte écrivain moderne; il avait la forme d'une croix latine; il était soutenu par de grandes colonnes de marbre, percé de nombreuses fenêtres, et couvert d'un lambris doré. Des peintures à fond d'or embellissaient les murs; une riche mosaïque formait le pavé, et des lames de cuivre doré, qui formaient la toiture, jetaient un si vif éclat que le peuple ne tarda pas à surnommer cette basilique Saint-Germain le Doré[77].»
Le nom de Germain lui était donné, concurremment avec celui de Vincent, à cause de Germain, le saint évêque de Paris, enterré dans cette église près de laquelle s'éleva un monastère qui, par diverses donations des rois et des particuliers, devint une des abbayes les plus considérables de France. Les religieux qui l'habitaient et que saint Germain avait fait venir d'Autun, suivaient d'abord la règle de saint Antoine et de saint Basile, à laquelle fut substituée celle de saint Benoît le grand réformateur de la vie monastique en Occident.