Dans cette église fut enterré Childebert et jusqu'à la fondation de l'abbaye de Saint-Denis au septième siècle, elle servit de sépulture aux rois et reines de la dynastie mérovingienne.

Lors des grandes invasions des pirates normands, l'église de Saint-Germain et Saint-Vincent fut, en 853, le jour même de Pâques, pillée par les barbares qui, de plus, avant de s'éloigner, y mirent le feu; mais il put être éteint par les religieux cachés dans les environs, et qui promptement accoururent. En 886, l'église fut de nouveau envahie et pillée par les Normands, «et, dit un vieil historien, mise quasi rès pied rès terre.» Elle se releva cependant grâce au zèle et à la piété des religieux, aidés par le roi de France, mais s'appela dès lors du nom de saint Germain seul «Saint-Germain-des-Prés, à cause qu'elle est située proche des prés que l'on nommait des Prés-aux-Clercs.»

Au neuvième siècle, d'après un inventaire laissé par Irmion, abbé de Saint-Germain-des-Prés, l'abbaye comptait dans ses domaines ou manses plus de 10,000 personnes qui relevaient d'elle, hommes libres, colons, lides (demi-serfs), serfs et esclaves, ces derniers au nombre de six cents seulement. Les sujets de l'abbaye n'avaient pas à se plaindre de leur condition, relativement très-heureuse, car comme le dit très-bien l'écrivain déjà cité: «Alors que l'Église exerçait sur le pauvre une autorité pleine de mansuétude et disputait le terrain aux envahissements de la force brutale et du sabre, cette grande puissance territoriale attestait, quoiqu'on puisse dire, un incontestable progrès social. L'Église, en effet, assurait seule aux masses un peu de sécurité et de paix; elle stipulait pour le faible et pour l'opprimé, et ne cessait de transformer l'esclavage en servage, le servage en colonat.»

L'église Saint-Germain-des-Prés, restaurée assez récemment à l'intérieur, est ornée de remarquables peintures d'Hippolyte Flandrin à qui, par reconnaissance, un petit monument commémoratif, orné du buste de l'artiste, a été érigé dans une travée latérale (celle de gauche).

Disons un mot, avant de terminer, du fameux Pré-aux-Clercs, dont il est fort parlé dans les vieilles histoire et qui a donné son nom à l'une de nos rues. Le Pré-aux-Clercs était un grand terrain appartenant à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés et qui d'abord, se déroulant en forme de plaine, occupait tout l'espace compris entre la rue Mazarine et les Invalides. Il fut réduit peu à peu par les constructions qui s'élevèrent de divers côtés; dans le champ qui restait, très-vaste encore, les étudiants de l'Université avaient pris l'habitude de se donner rendez-vous «pour s'esbattre» et par le long temps, une sorte de prescription s'établit en leur faveur. Ce qui n'était qu'une tolérance devint un droit que l'abbaye Saint-Germain-des-Prés volontairement et gracieusement leur reconnut.

[ [77] Gabourg: Histoire de Paris, t. 1er.


SAINT EUSTACHE (ÉGLISE)

«C'était, dit Sauval, une chapelle dédiée à Sainte-Agnès et qu'avait fait édifier Jean Alais à qui la conscience reprochait d'avoir mis un impôt d'un denier sur chaque panier de poisson.»