Tel était saint Landry, qu'il ait ou non fondé l'hospice connu depuis sous le nom de l'Hôtel-Dieu qui certainement existait déjà sous le règne de Charlemagne puisque nous voyons, par un acte de l'an de grâce 829, que l'évêque Inchade assigne à cette maison les dîmes des biens dont il avait gratifié son chapitre, ce qui prouve que l'Hôtel-Dieu existait antérieurement et que l'évêque et son chapitre y avaient certains droits soit pour l'avoir fondé, soit pour avoir contribué à le doter.
Le nombre des pauvres et des malades allant en augmentant avec la population, l'établissement dut s'accroître en proportion. Nous voyons qu'en 1217, d'après les nouveaux statuts dressés par Étienne, doyen de Paris, de concert avec le chapitre, il est établi, pour l'administration de cette maison, quatre prêtres, quatre clercs laïques, et vingt-cinq sœurs; tous doivent garder la chasteté, vivre dans la pauvreté et en commun, soumis au Chapitre, aux proviseurs et à celui des prêtres que l'on qualifiait du titre de Maître de la maison de Dieu.
Au commencement du seizième siècle, l'hôpital ou l'hospice (car il fut longtemps l'un et l'autre) fut mis sous la direction des chanoines réguliers de saint Augustin et dès lors desservi par des sœurs dites augustines dont le nombre, dans le siècle suivant, s'élevait à plus de cent «occupées à soigner les malades de tout âge, de toute condition, de tout pays, de toute religion qui y étaient admis» dit un écrivain du temps; il s'en trouvait d'ordinaire plus de 3,000 sans les pauvres. Voici l'admirable portrait qu'un témoin oculaire (Helyot) nous fait de ces saintes filles:
«Le cardinal de Vitry a sans doute voulu parler des religieuses de l'Hôtel-Dieu lorsqu'il dit qu'il y en avait qui se faisaient violence, souffraient avec joie et sans répugnance l'aspect hideux de toutes les misères humaines et qu'il lui semblait qu'aucun genre de pénitence ne pouvait être comparé à cette espèce de martyre.
«Il n'y a personne qui, en voyant les religieuses de l'Hôtel-Dieu, non-seulement panser, nettoyer les malades, faire leurs lits, mais encore, au plus fort de l'hiver, casser la glace de la rivière qui passe au milieu de cet hôpital, et y entrer jusqu'à la moitié du corps pour laver leurs linges pleins d'ordures et de vilenies, ne les regarde comme autant de saintes victimes qui, par un excès d'amour et de charité pour secourir leur prochain, courent volontiers à la mort qu'elles affrontent, pour ainsi dire, au milieu de tant de puanteur et d'infection, causées par le grand nombre des malades.»
Grâce au ciel et à de continuelles améliorations, ce tableau dans certaines parties n'est plus exact et l'on ne respire aujourd'hui ni puanteur ni infection dans ces vastes salles de l'Hôtel de Dieu dont le visiteur ne se lasse pas d'admirer la merveilleuse propreté. Comme au siècle d'Helyot d'ailleurs, il voit au chevet des malades les bonnes religieuses augustines, vigilantes, empressées, souriantes, donner l'exemple de l'abnégation et du zèle, et, s'il le faut, comme dans les temps d'épidémie, l'exemple du plus héroïque dévoûment.
[ [79] Tableau historique et pittoresque de Paris.