Ô monument vengeur! trophée indélébile!
Bronze qui, tournoyant sur ta base immobile,
Sembles porter au ciel ta gloire et ton néant,
...............
Débris du grand Empire et de la Grande Armée,
Colonne d'où si haut parle la renommée,
Je t'aime: l'étranger t'admire avec effroi.
J'aime les vieux héros sculptés par la Victoire,
Et tous ces fantômes de gloire Qui se pressent autour de toi.
Bravo! Et les autres vingt-sept strophes valent celle-ci.
Le poète n'avait que vingt-cinq ans! Oh! s'il fut resté fidèle à ses premières croyances religieuses et patriotiques, à quelles hauteurs il planerait aujourd'hui!
Voilà ce que nous écrivions en 1869 ou 1870, bien éloigné de prévoir ce que personne alors n'eut imaginé possible, ce crime de lèse-patriotisme qui souleva naguère d'indignation la France presque entière, trop tôt, faut-il le dire? trop tôt calmée, trop vite oublieuse!...
On sait pourtant comment, dans quelles circonstances, par quelles mains, des mains françaises! hélas! est tombé ce monument entre tous glorieux et qui, grâce au vote de l'Assemblée nationale, ne tardera pas à se relever. Seulement, d'après le décret, la statue de la France doit remplacer au sommet celle de Napoléon Ier.
[ [80] Odes et Ballades, Livre VII.
COUR DES MIRACLES
«De tant de Cour des Miracles, il n'y en a point de plus célèbre que celle qui conserve encore, comme par excellence, ce nom. Elle consiste en une place d'une grandeur très-considérable, et en un très-grand cul-de-sac puant, boueux, irrégulier, qui n'est point pavé; elle se trouve entre la rue Montorgueil, le couvent des Filles-Dieu et la rue Neuve Saint-Sauveur, comme dans un autre monde. Pour y venir, il se faut souvent égarer dans de petites rues, vilaines, puantes, détournées; pour y entrer, il faut descendre une assez longue pente de terre, tortueuse, raboteuse, inégale. J'y ai vu une maison de boue à demi-enterrée, toute chancelante de vieillesse et de pourriture, qui n'a pas quatre toises en carré, et où logent néanmoins plus de cinquante ménages chargés d'une infinité de petits enfants, légitimes, naturels et dérobés. On m'assura que, dans ce petit logis et dans les autres, vivaient plus de cinq cents grosses familles entassées les unes sur les autres. Quelque grande que soit cette cour, elle l'était autrefois bien davantage, bordée d'un côté par exemple aujourd'hui de jardins qui autrefois étaient des logis bas, enfoncés, obscurs, difformes, faits de terre et de boue et tout pleins de mauvais pauvres.