«Adieu, mes chers enfants; en vous quittant votre magistrat vous fait une dernière recommandation: «Vivez dans la crainte de Dieu et le respect du roi.—J'ai dit.»

D'après tout ce qu'on vient de lire, on comprend le langage du vieil auteur (Corrozet) au sujet de la Prévôté et de l'Échevinage: «Je ne veux passer sans vous déclarer la manière et quels sont les échevins de cette notable ville; je dis que nul ne peut parvenir à la dignité de Prévôt des marchands, ni d'échevin, qui ne soit enfant des habitants et né en icelle ville, afin que les étrangers ne soyent instruits aux secrets de la ville, et que la communication d'iceux ne soit préjudiciable à la communauté et de mauvais exemple à la postérité. Mais encore y a-t-il une autre observation qui est qu'on épluche de si près la vie de ceux qui aspirent à ces dignités qu'il est impossible qu'homme y puisse parvenir qui soit le moins du monde marqué de quelque note d'infamie, ressentant dénigrement de renommée, ou qui, pour quelque méfait, et fût-il léger, aurait été mis en prison, tant est sainte cette autorité et honneur de l'Échevinage, que la seule opinion de vice lui peut donner empêchement.»

[ [87] M. Louis Lazare.


À PROPOS DE LA RUE DES ROSIERS

Il a été beaucoup question, récemment de cette rue des Rosiers, à Montmartre où, le 18 mars 1871, furent assassinés, de la façon que l'on sait, les généraux Lecomte et Clément Thomas. Détachons du rapport si remarquable de M. le commandant Rustant, un passage relatif à la mort des deux nobles victimes. «Car de cette catastrophe comme de plusieurs autres, écrivait naguère un journaliste, une haute moralité, une grande leçon se dégageront, espérons-nous, et dont pourront faire leur profit ceux qui, dans leur présomption insensée, pensent qu'on peut impunément agiter et déchaîner les multitudes et qu'il est toujours facile de faire rentrer dans son lit le torrent dont on a rompu les digues.»

Maintenant laissons la parole au commandant: «...Vers cinq heures, dit-il, une poussée du dehors fit envahir la chambre des prisonniers par les portes et par les fenêtres en même temps.... Un caporal du 3e bataillon des chasseurs, et quelques autres soldats ont remarqué plus spécialement que les gardes nationaux crièrent: «À mort! qu'on les fusille, sinon ils nous feront fusiller demain!»

»À ces mots, le général Clément Thomas fut saisi, expulsé de la chambre et poussé à coups de crosse et à coups de poing dans le jardin. Pendant le trajet, quelques coups de fusils tirés à bout portant l'atteignirent et le couvrirent de sang; il ne tomba cependant pas. Il put se tenir debout jusqu'à ce qu'on l'eût acculé le dos au mur. Le général était debout, tenant son chapeau de la main droite et essayant de garantir son visage avec le bras gauche.

«De nouveaux coups de fusil, tirés de toutes parts, finirent par l'abattre sur le côté droit, la tête au mur et le corps plié en deux. Des scélérats s'approchèrent encore et tiraient toujours à bout portant ou frappaient sur le cadavre à coups de pied ou à coups de crosse.