«Pendant ce temps, le général Lecomte était encore dans la chambre; il entendait les coups de feu et comprenait que lui aussi allait mourir de cet horrible mort. Il conserva tout son calme; il remit son argent au commandant de Poussargues, lui fit des recommandations pour sa famille et marcha devant ses assassins avec une dignité si ferme que plusieurs officiers le saluèrent; il leur rendit leur salut. Une résignation aussi sublime aurait trouvé grâce devant des barbares; elle ne toucha pas les modernes civilisés de Montmartre.
«À peine avait-il fait une dizaine de pas dans le jardin qu'un de ses bourreaux lui tira par derrière un coup de fusil qui le fit tomber sur les genoux. Aussitôt un groupe le releva à moitié et le fit approcher du cadavre de Clément Thomas. Ce fut là qu'il fut achevé par une dizaine de coups tirés à bout portant et que son cadavre fut mutilé, fouillé, et que deux soldats—l'exécration de l'armée—vinrent décharger leurs armes sur lui.»
Ce récit n'a pas besoin de commentaires.
La rue des Rosiers, à Montmartre est de création récente tellement qu'elle ne se trouve pas mentionnée, dans le Livret-Choix des Rues de Paris, de l'année 1869. La seule qui soit indiquée dans ce recueil, d'ailleurs assez exact, est l'ancienne rue des Rosiers du quartier du Temple dont Jaillot nous dit:
«Elle aboutit d'un côté à la vieille rue du Temple et de l'autre à celle des Juifs: elle portait ce nom dès l'année 1233. Nos historiens nous ont conservé le souvenir de l'attentat commis sur une statue de la Sainte-Vierge qui fut mutilée, la nuit du 31 mai au 1er juin 1528: elle était placée en la rue des Rosiers. François Ier fit faire une autre statue d'argent qu'il plaça au lieu même où était l'ancienne de pierre. Cette cérémonie se fit, le 12 du dit mois, à la fin d'une procession générale ordonnée à cet effet. Cette statue ayant été volée en 1545, on en substitua une autre de bois qui fut brisée par les Hérétiques, la nuit du 13 au 14 décembre 1551. On fit une semblable procession et on remit une statue de marbre. Les actes qui constatent ces différents faits indiquent que ces réparations furent faites rue des Rosiers devant l'huis de derrière du petit Saint-Antoine.»
Il existait naguère aussi dans le faubourg St-Germain une rue des Rosiers, maintenant disparue: «Elle traverse, dit Saint-Victor, de la rue Saint-Dominique à celle de Grenelle. Il paraît qu'elle fut ouverte au commencement du XVIIe siècle. On la nommait alors rue Neuve-des-Rosiers. Il est probable qu'elle fut percée sur un terrain où les roses étaient abondantes, ce qui lui aura fait donner ce nom.»
Puisque nous tenons la plume et que l'occasion ne s'en est pas offerte ailleurs, donnons un souvenir, souvenir d'admiration et de sympathie, à d'autres nobles victimes ou plutôt martyrs de la Commune. Car, comme le disait l'un d'eux, l'héroïque père Captier, en tombant sous les balles des fédérés: «Mes amis, c'est pour le bon Dieu!»
Et cependant n'auraient-ils pas dû être sacrés entre tous pour les bourreaux ces généreux prêtres, ces dignes frères qui, pendant tant de mois, infatigables, s'étaient dévoués pour soigner dans leur ambulance d'Arcueil les gardes nationaux blessés comme plus tard les fédérés. Chez ce pauvre peuple qui, livré à lui-même, serait si différent, c'est un prodige que cette haine sauvage du prêtre, et cette monstrueuse ingratitude qui ne s'expliquent que par sa malheureuse crédulité aux prédications scélérates des meneurs, journalistes et autres. Comment, après tant d'expériences, en est-il encore à comprendre qu'il n'a pas de pires ennemis que ces détestables flagorneurs?
Il n'avait que trop raison ce ministre d'une République qui disait en 1798, à l'ambassadeur de France, Lombard: «Que les grands mots de progrès, de liberté ne vous fassent pas illusion; de tout temps les jongleurs politiques ont mis les mots à la place des choses. Ils fourvoient la multitude, trompent les cœurs généreux, renversent l'idole pour s'approprier l'offrande et l'encens. Le peuple sera toujours peuple: il lui faut un fétiche, il y aura donc toujours des charlatans.»