LA TRÉMOUILLE OU LA TRÉMOILLE

(LOUIS, SIRE DE)

Louis XI qui, d'après Commines, était doué d'une sagacité si rare pour juger des hommes dès leurs premières années, avait deviné ce que serait un jour le jeune La Trémouille, venu à la cour pour être l'un de ses pages.

«Ce jeune Louis, dit Bouchet, historien contemporain, fut amiablement reçu par le roi (à qui son père n'avait pas osé le refuser, quoiqu'il en eût bonne envie), et mis au nombre des enfants d'honneur. Et il les surmonta bientôt tous en hardiesse, finesse, cautelles et ruses, comme à lutter, chasser, lancer la barre, chevaucher et tous autres jeux honnêtes et laborieux, en sorte qu'on ne parlait en cour que du petit Trémoille: dont le roi fut fort joyeux. Et lui voyant parfois faire ces bons tours, disait aux princes et seigneurs de sa compagnie:

«—Ce petit Trémoille sera quelquefois le soutènement (soutien) et la défense de mon royaume: je le veux garder pour un fort écu (bouclier) contre Bourgogne[19]

Un autre jour, montrant le jeune page «qui avait si bonne grâce, beau comme un semi-dieu, son corps étant de moyenne stature, ni trop grand ni trop petit, bien organisé de tous ses membres, la tête élevée, le front haut et clair, les yeux pers, le nez moyen et un peu aquilin, petite bouche, son teint net et brun, plus tirant sur vermeille blancheur que sur le noir, et les cheveux crêpelés et reluisant comme fin or,» Louis XI dit aux ambassadeurs du duc de Bourgogne:

«La maison de Bourgogne a nourri et entretenu longtemps ceux de la Trémoille, dont j'ai retiré ce rejeton, espérant qu'il tiendra barbe aux Bourguignons.»

La Trémouille ne trompa point ces espérances, arrivé promptement aux premiers grades de l'armée, surtout après la mort de Louis XI, dont Jean de Troyes, dans sa chronique, dit admirablement: «Ce prince fut si craint et redouté qu'il n'y avait si grand en son royaume et mêmement ceux de son sang qui dormît ni reposât sûrement en sa maison... Et avant son dit trépas, fut moult (beaucoup) molesté de plusieurs maladies pour la guérison desquelles furent faites par les médecins qui avaient la cure de sa personne de terribles et merveilleuses médecines.»

La régente Anne de Beaujeu, sœur et tutrice du jeune roi Charles VIII, connaissait dès longtemps La Trémouille, et confiante en sa loyauté comme en ses talents, elle lui donna le commandement des troupes royales qui défirent à Saint-Aubin-du-Cormier (Ile-et-Vilaine) l'armée des grands seigneurs et des princes révoltés, dont le duc d'Orléans, depuis Louis XII, était le chef. Celui-ci se trouvait au nombre des prisonniers.

Lors de l'expédition d'Italie par Charles VIII, La Trémouille avait également sous le roi le commandement en chef, et toujours il se montra à la hauteur de sa position, tour à tour capitaine et soldat, et payant au besoin de sa personne comme au passage de l'Apennin.