Argenson (rue d'): Trois personnages de ce nom furent ministres, sous la régence et sous Louis XV.
Argenteuil (rue d'): S'appela ainsi parce qu'elle fut bâtie sur l'ancien chemin qui conduisait au village d'Argenteuil. Le 1er septembre 1684, au nº 18, mourut l'auteur de Polyeucte, de Cinna, des Horaces, etc., le grand Corneille, réduit à une telle détresse que Boileau devait solliciter pour lui un secours du roi. Peu de temps avant qu'il s'alitât, d'après ce qu'on raconte, le poète auquel on devait plus tard élever des statues, descendait péniblement sa rue et s'arrêtait devant l'échoppe d'un savetier pour faire raccommoder sa chaussure, sans doute faute d'une seconde paire qui lui permît de changer. Pourtant M. Th. Gautier a eu tort, dans sa pièce, l'Anniversaire de Corneille, où se trouvent d'excellents vers, de dire en terminant:
Louis, ce vil détail, que le bon goût dédaigne,
Ce soulier recousu me gâte tout ton règne.
Car le roi, dès qu'il fut instruit par Boileau de la position de Corneille, lui envoya deux cents louis d'or qui furent portés au malade par Besset de la Chapelle, inspecteur des Beaux-Arts.
Beaux-Arts (École des): Cette École a été élevée sur l'emplacement qu'occupait l'ancien couvent des Petits-Augustins, devenu après la Révolution le Musée des Petits-Augustins. Ce Musée supprimé a fait place à l'École par suite d'un décret du 24 avril 1816. En outre des constructions nouvelles élevées du côté du quai, comme dans les cours intérieures, le Palais s'est enrichi de précieux débris provenant de l'ancien château de Gaillon. Dans le grand Amphithéâtre, dit Hémicycle, se voient les remarquables peintures qui sont le plus beau titre de gloire de Paul Delaroche.
Saint-André-des-Arts (rue): «La rue St-André-des-Arts, qui commence au pont Saint-Michel et finit à la porte de Bussy, dit Sauval, est une des plus anciennes de l'Université et bien que les vieilles chartes lui donnent quantité de noms, rarement pourtant y lit-on celui qu'elle devrait porter et qu'elle portait originairement. Tantôt c'est la rue St-Germain des Prés, parce qu'elle conduit au faubourg St-Germain et à l'abbaye de ce nom; tantôt c'est la grande rue St-André à cause qu'elle passe devant l'église St-André (aujourd'hui démolie), tantôt c'est la rue St-André-des-Arts comme étant placée tout à l'entrée de l'Université[39], où s'enseignent les arts et les sciences. Il y a même des gens qui l'appellent Saint-André-des-Arcs parce qu'ils prétendent qu'elle était habitée par les faiseurs d'arcs avant qu'on eût trouvé la poudre à canon, et qu'à la guerre, au lieu de mousquets, on se servait d'arcs, de flèches et d'arbalètes; et ce qui les rend doublement opiniâtres là dessus est le nom de quelques rues voisines qui aide à les tromper comme celui de la Bouclerie où ils s'imaginent qu'on faisait les boucliers, et tout de même l'autre de la rue des Sachettes, mot corrompu, à ce qu'ils disent, des Sagettes, à raison que là s'achetaient les flèches.
«Le véritable nom cependant de la rue Saint-André-des-Arts, est la rue St-André-de-Haas, nom que même on a donné longtemps à la rue de la Huchette qui continuait la rue St-André jusqu'au Petit Châtelet: et c'était celui tant du territoire où sont situées ces deux rues que des vignes mêmes qui le couvrirent jusqu'en 1179; car ce fut en ce temps là que Hughues, abbé de Saint-Germain des Prés, donna ce vignoble à bâtir.»
Mais dom Félibien et dom Lobineau, les savants bénédictins, contredisent formellement Sauval et non sans quelque vivacité. «Des gens qui croient deviner plus juste que les autres prétendent que c'est du nom de Laas que s'est formé le surnom de Saint-André-des-Arcs, qu'il faudrait plutôt appeler selon eux, Saint-André-de-Laas ou de Leas. Mais ils se trompent dans leur conjecture. Saint Louis, dans une charte de l'an 1261, l'appelle parochia sancti Andreæ de Arsiciis (paroisse de Saint-André-des-Arsis). Ainsi, le vrai nom de cette rue doit être des Ars par abrégé des Arsis[40]». Mais sur le sens de ce dernier mot ou n'est pas d'accord et Jaillot à son tour combat cette affirmation, d'où forcément il faut conclure que, si l'origine de cette dénomination quant à la première partie (Saint-André) n'est point douteuse, on ne peut avoir aucune certitude sur l'origine du mot: Arts ou Arcs.
Naguère, à l'extrémité de cette rue, on voyait encore «quelques maisons sur pied, reste des siècles passés, dit Germain Brice, entre lesquelles on en distingue une, où sur la porte, on remarque un éléphant en sculpture chargé de sa tour.» C'est là que demeurait le médecin de Louis XI, le fameux Coyetier «lequel, dit Commines, lui était si très rude qu'on ne dirait pas à un valet les outrageantes et dures paroles qu'il lui disait et si (or) le craignait tant le dit seigneur qu'il ne l'eût osé envoyer hors d'avec lui parce que le dit médecin lui disait audacieusement ces mots:
«—Je sais bien qu'un matin vous m'envoyerez comme vous avez fait d'autres, mais (par un grand serment qu'il lui jurait) vous ne vivrez pas huit jours après». Ce mot épouvantait si fort le roi qu'il ne cessait de le flatter et de lui donner, ce qui lui était un grand purgatoire en ce monde.»