Cossonnerie (rue de la): Est fort ancienne. Au XIIe siècle, on l'appelait via cochoneria ou de la cochonnerie. «Il semblerait, dit un vieil auteur, qu'autrefois on y ait tenu le marché aux cochons et celui de la volaille, ou qu'elle ait été longtemps habitée par des charcutiers et des poulaillers, car anciennement cossonniers et cossonnerie voulaient dire la même chose que poulaillers et poulaillerie; j'apprends même de quelques vieillards qu'à certains jours de la semaine on y tenait un marché de cochons et de volailles.»
Cours. Le nombre des rues et places qui portaient autrefois ce nom était considérable. La plupart étaient des maisons accompagnées d'une cour comme la cour des Miracles, la cour des Fontaines, etc.
Coupe-Gorge et Coupe-Gueule (rues): Toutes deux dans le quartier de la Sorbonne; «elles prirent des noms si étranges, dit Sauval, à cause des brigandages et massacres qui s'y faisaient toutes les nuits», et par ce motif furent fermées de portes et de fait supprimées. Ces dénominations sinistres, très-multipliées dans le vieux Paris, sont, pour le dire en passant, la meilleure preuve qu'il ne faisait pas si bon à vivre à cette époque que le croient et le disent des écrivains érudits et bien intentionnés d'ailleurs, mais aux opinions systématiques et qui volontiers nous représentent ces temps comme un autre âge d'or. Ce n'est point ainsi qu'en jugeaient les contemporains, chroniqueurs et poètes, qui, regardant autour d'eux, ne trouvaient guère qu'à blâmer, mais par une autre exagération, et par suite de cet effet d'optique singulier qui fait que, pour bien voir un tableau, il ne faut être placé ni trop près ni trop loin. Je ne parle point ici des auteurs de fabliaux et contes, illisibles pour la plupart par tant de passages licencieux qui nous donnent des mœurs du temps une idée assez fâcheuse. Mais des auteurs plus sérieux, des hommes graves, dans leurs histoires et chroniques, semblent trop confirmer par ce qu'ils racontent les dits scandaleux des trouvères. Les poètes satiriques parlent de leur siècle comme parleront du leur plus tard Mathurin, Regnier, Boileau, Gilbert et de nos jours tel moraliste qui, dans ses plus violentes sorties, ne saurait guère aller plus loin que l'honnête Guyot, le poète du XIIIe siècle (1204).
Du siècle puant et horrible
M'estuet (m'émeut) commencer une bible (livre)
Pour poindre et pour aiguillonner
Et pour grand exemple donner.
Suit une longue description des travers et des vices du temps dans laquelle abondent les portraits qui ne sont pas flattés, aussi bien que les tableaux fort peu couleur de rose. Citons quelques passages comme pièces à l'appui.
Le monde nos (nous) ont encombré
D'ort siècle de désespéré;
Trop est notre loi au-dessous,
Qui bien nos (nous) voudroit juger tous,
Si, comme je sais et comme je crois,
Jà (déjà) n'en eschaperoient trois
Qu'ils ne fussent damnés sans fin.
Où sont li (les) bon, où sont li fin (vrai),
Où sont li (les) sage, où sont li prou (braves)?
S'il estoient tuit (tous) en un fou (feu),
Jà des Princes, si comme je cuit (pense),
N'y auroit un brûlé ni cuit.
Un poète à qui sa haute position permettait de mieux juger encore et qui, dans ses voyages, avait acquis une longue expérience par la comparaison des divers pays, le Seigneur de Berze (dans la Bible au Seigneur de Berze), n'est pas moins sévère que Guyot:
Li (les) uns usent lor (leur) temps en guerre,
Et as (aux) autres taut-on (enlève) leur terre;
Li (les) uns languist d'infirmité,
Li autres choit en pauvreté.
L'autre est blasmé et en vergogne
Et cil (celui) qui mieux a sa besogne,
C'est cil qui convoite encor plus:
Nul rien de bien je n'y truis (trouve).
Il soloit (avait coutume) estre un temps jadis
Que li siècles estoient jolis
Et pleins d'aucune vaine joie:
Or, n'est solaz (plaisir) que je y voie
En quoi li (les) hom (hommes) se delitoit (délectait),
En faire ce que il cuidoit (pensait)
Qui venist à l'autre à plaisir:
Or (à présent) se delitent en trahir,
Et li uns de l'autre engeingnier (tromper);
Cil qui mieux sait deschevauchier (renverser)
Son compagnon, cil vaut ores (à présent) miex (mieux).
Convoitise, angoisse et orgueix (orgueil)
Ont si (ainsi) toute joie périe
Qu'elle est par tout le mont (monde) faillie.
...............
Le pauvre brait toujours et crie
Qu'il ait avoir et manantie (richesse),
Et le riche meurt de paor (peur)
Qu'il ne la perde chacun jor (jour).
...............
Li (le) mariage dont Dieu dist
À quoi le siècle se tenist (tint)
Pour garder ailleurs de péché,
Sont tuit (tout) corrompu et brisé,
Et la foi et la loyauté
Sont changés en fausseté;
Et li (les) chevaliers, qui devoient
Défendre de cil (ceux) qui roboient
Les menues gens et garder,
Sont or (à présent) plus engrant (ardents) de rober (voler)
Que li autres et plus angoisseus:
Tout tourne et à gas et à geus (risée et jeu)
Quanques (tout ce que) Dieu avait establi.
Des laboureurs je vous di (dis)
Que li un conquiert (prend) volontiers
Sur son compagnon deux quartiers
De terre, s'il peut, en emblant (volant),
Et boute adez (ensuite) la borne avant.
En plusieurs manières sont faux
Et tricheors (tricheurs) li plusieurs d'aux (d'eux);
Et li Provoire (prêtre) et li Clergé
Sont plus désirant de péché
Que li autre ne sont assez.
Tout est le siècle bestornez (renversé)
D'ensi (depuis) comme il fut establiz,
Tuit (tous) s'atornent (s'adonnent) mès aux deliz (délits).
...............
Molt (beaucoup) eussions fait bel exploit
Si les Ordres (religieux) fussent tenues;
Mais elles sont si corrompues,
Que petit (peu) en tient nului (aucun) ores (à présent)
Ce qui leur fut commandé lores (autrefois).
Ainsi chacune se discorde
De Dieu servir d'aucune rien (façon).
Et Nonnains a-t-il molt de bien
S'elles tenissent (tinssent) chastée (chasteté)
Si comme elle estoit ordenée (ordonnée);
Mais elles ont maisons plusors (plusieurs)
Où l'on pense à de vainz ators (atours),
Plus qu'on ne fait de Dieu servir;
Toute voie (toutefois) et (est) à souffrir;
Car s'aucune méprend (agit mal) de rien,
Il y a d'autres qui font bien.
Supposé que de notre temps les gens du monde méritassent les mêmes reproches et un blâme aussi énergique, assurément si l'on parlait de notre Clergé, des prêtres réguliers et séculiers, comme le font Guyot et le Seigneur de Berze, on crierait à la calomnie, et l'on aurait raison. Mais quoi, à toutes les époques, nous voyons moralistes, satiriques, prédicateurs, même ceux de l'esprit le plus large et le plus élevé, faire la leçon aux contemporains, blâmés comme les pires de tous. N'est-ce pas Bossuet qui, en plein XVIIe siècle, dans ce grand XVIIe siècle, illustré par tant de gloires et l'honneur de notre histoire, s'écriait avec un accent, d'amère douleur: «Eh! quel siècle fut plus débordé que le nôtre!»
Croissant (rue du): Ce nom vient d'une enseigne.