Dans la bouche du critique, ces observations ont plus de portée encore.
Delaroche (rue): Paul Delaroche, né en 1797, mort en 1856. Lenormant a dit de cet illustre peintre: «Tous les moyens employés par l'artiste sont pour ainsi dire sa création, et par un bonheur sans égal il trouve le secret de s'adresser à tout le monde; tandis que le peuple, dans le sens véritable et étendu du mot, est séduit et captivé par une réalité saisissante, l'homme de l'art reconnaît un talent original, des ressources étonnantes, et son suffrage, arraché peut-être, n'en est que plus sincère et plus profond.»
«... Après ce que j'ai dit, j'ai peu de chose à ajouter sur son caractère pour faire juger l'homme en même temps que le peintre. On s'arrange mieux aujourd'hui d'épines dorsales plus souples que la sienne: mais il s'inquiétait peu qu'on le trouvât raide pourvu que sa conscience lui dît qu'il était bon. Il était par-dessus tout l'homme du devoir et du travail; il avait à un degré supérieur le sentiment de la dignité de l'artiste: et ceux qui dépendaient de lui, enfants, élèves et domestiques, savaient seuls qu'il n'y avait pas de bornes à la douceur intime de son caractère.... Il laisse de beaux exemples et n'a donné que de bonnes leçons.»
Casimir Delavigne (rue): Né en 1793, mort en 1843, Casimir Delavigne a prouvé, (comme Racine avec Athalie), par sa tragédie des Enfants d'Édouard que, sans une intrigue amoureuse, un drame pouvait offrir l'intérêt le plus soutenu, le plus profond, tenir jusqu'à la fin le spectateur haletant sous le coup de son émotion croissant de scène en scène, et le conduire le cœur serré par l'angoisse, les yeux pleins de larmes, au dénouement des plus pathétiques. La plupart des autres pièces de l'auteur, les Vêpres siciliennes, le Paria, Marino Faliero, etc, ont vieilli, pour la forme comme pour le fond; la tragédie des Enfants d'Édouard, de beaucoup supérieure, vraiment remarquable même, a gardé tout son attrait restée à bon droit au théâtre. Beaucoup de vers sont devenus proverbe, celui-ci par exemple:
Quand ils ont tant d'esprit les enfants vivent peu.
On y regrette seulement quelques hémistiches malveillants à l'adresse du clergé. Delavigne par malheur était imbu de préjugés rétrogrades et voltairiens, qui, dans le Don Juan d'Autriche, s'accentuent jusqu'à l'ineptie et au ridicule. Le caractère honorable du poète, qui n'était point un bohème comme tels autres de nos contemporains, rend plus extraordinaire le penchant à ces sottises peu dignes d'un esprit aussi élevé, penchant qui doit tenir à une première et fausse éducation. Mais il dépendait de Casimir Delavigne de s'éclairer par l'expérience, par l'étude, la réflexion aidées de la conscience; et précisément parce qu'il eut plus de lumières, il semble moins excusable d'avoir persévéré dans ces vulgaires errements.
Les Messéniennes, poésies lyriques, qui eurent naguère tant de retentissement et commencèrent la réputation de l'auteur, ne se lisent plus guère.
Saint-Denis (rue): Est l'une des plus anciennes de Paris. Elle existait comme rue avant la fin du XIe siècle, et avait pris tout naturellement son nom du chemin qui conduisait au village de St-Denis (ancienne Catalocum), où l'on vénérait le tombeau du saint martyr, et de ses compagnons. C'était et ce fut longtemps un pèlerinage des plus célèbres.
La rue à l'abbé de Saint-Denis
Sied assez près de Saint-Denis[44].
«À deux lieues est l'abbaye laquelle est d'excellent édifice, dit un vieil auteur[45]: là sont les corps de St-Denis et ses compagnons St-Ruth et St-Eleuthère, en grandes riches fiertes (châsses). Si y est une maisoncelle (petite maison) dessus appelée tégurion, toute d'argent, à riches pierres, laquelle fit saint Éloi. Si fut d'abord la couverture de l'église d'argent; mais puis, pour une grande guerre, fut découverte et fut pour ce baillé à l'église un des saints Clous, une partie de la sainte Couronne, une partie de la Lance, une partie de la sainte Croix, le Suaire de Notre-Seigneur, la destre de saint Siméon, une chemise de Notre-Dame et autres notables reliques. Illec (là) sont moult de riches sépultures de rois et de princes; là prend le roi l'oriflamme quand il va en guerre; c'est un gonfanon dont la hampe est dorée et la bannière vermeille à cinq franges où l'on met houppes de vert.»