C'était par la rue St-Denis que les rois et les reines de France faisaient leur entrée solennelle dans Paris. Toutes les rues sur leur passage étaient tendues d'étoffes magnifiques de soie et de drap. Voici ce que Froissard nous raconte à propos de l'entrée dans Paris de la trop fameuse Isabeau, femme de Charles VI: «À la Porte aux Peintres, rue St-Denis, on voyait un ciel nué et étoilé très richement, et Dieu par figure séant en sa majesté, le Père, le Fils et le Saint-Esprit; et dans ce ciel petits enfants de chœur chantaient moult doucement en forme d'anges; et lorsque la reine passa dans sa litière découverte sous la porte de ce paradis, deux anges descendirent d'en haut tenant en leur main une très riche couronne d'or, garnie de pierres précieuses et la mirent moult doucement sur le chef de la reine, chantant en vers:

Dame enclose entre fleurs de lys,
Reine êtes-vous de paradis,
De France et de tout pays.
Nous remontons au paradis.

On sait que saint Denis, apôtre des Gaules, qui fut le premier évêque de Paris, souffrit le martyre dans cette ville avec ses compagnons, Rustique, prêtre, et Eleuthère, diacre, et que tous trois eurent la tête tranchée. Les Actes nous apprennent de plus qu'après l'exécution, les corps des saints furent jetés dans la Seine par les bourreaux; mais une pieuse chrétienne du nom de Catulla, à la faveur des ténèbres et aidée de quelques serviteurs sans doute, put les retirer et les enterrer honorablement non loin du lieu où les confesseurs avaient été décapités. Sur cette tombe vénérée, les fidèles élevèrent une chapelle, comme on l'a dit plus haut, remplacée au cinquième siècle par une église. Puis, lorsque le roi Dagobert fonda la célèbre abbaye de St-Denis, il y fit transporter les précieuses reliques.

Mais à quelle date faut-il placer le martyre de saint Denis? «L'opinion la plus probable, dit Godescard, est qu'il souffrit durant la persécution de Valérien, en 272.» Mais une tradition fort ancienne et respectable autant que vraisemblable, d'après des hagiographes consciencieux, veut que saint Denis, premier évêque de Lutèce, fût celui-là même que saint Paul convertit à Athènes et qui est connu sous le nom de l'Aréopagite. Dès le temps des apôtres, et envoyé par eux, il avait porté l'Évangile dans les Gaules; son martyre remonterait donc au premier siècle de l'ère chrétienne. Il ne nous appartient pas, à nous trop peu versé dans ces matières, de décider à ce sujet; il nous semble toutefois, en ne consultant que les simples lumières du bon sens, que le triomphe définitif de cette opinion, s'appuyant de preuves sérieuses, ne pourrait qu'ajouter à la gloire de l'église gallicane puisque l'évêché de Paris remonterait ainsi à la plus haute antiquité.

St-Denis (porte): En 1671, le prévôt des marchands et les échevins décidèrent qu'on érigerait un arc de triomphe en mémoire des glorieux exploits de Louis XIV dans la Flandre et la Franche-Comté. La ville de Paris fit les frais de cette construction. Ils s'élevèrent à 500,122 f. Les sculptures, commencées par Girardon d'après les dessins donnés par François Blondel, furent achevées par Michel Anguier. L'arc de triomphe fut restauré en 1807 par M. Cellerier.

Descartes (rue): René Descartes, mathématicien et métaphysicien célèbre, né en 1596, mourut en 1650. Il a fait dire de lui: «Tout est tellement plein dans le système de Descartes que la pensée ne peut s'y faire jour et y trouver place. On est toujours tenté de crier comme au parterre: «De l'air! de l'air! On étouffe, on est moulu!» J'en crois plus volontiers ici Joubert que le poète quand il dit:

Descartes, ce mortel dont on eût fait un Dieu!

Desèze (rue): Romain ou Raymond, comte Desèze, né à Bordeaux en 1750, mort en 1828, l'un des défenseurs de Louis XVI.

Diamants (rue des cinq): Ce nom vient d'une enseigne.

St-Dominique St-Germain (rue): S'appelle ainsi depuis l'an 1643, que les Jacobins obtinrent la permission de lui donner ce nom au lieu de celui de Rue aux Vaches, Chemin aux Vaches, qu'elle portait parce que les vaches du faubourg St-Germain passaient par ce sentier pour aller paître au Pré aux Clercs. (Il y a longtemps de cela).